08.12.2008
chapitre 4 - c
Emerson s’était emporté contre moi, prétendant que je parlais trop – alors que, bien entendu, il agissait de même. D’humeur magnanime, je n’avais pas relevé son incohérence. D’ailleurs j’avais d’autres sujets de réflexion. Evans regardait le corps inerte avec des yeux hagards. Ses cheveux gris étaient en désordre comme s’il venait de les ébouriffer d’une main fébrile mais il était cependant entièrement vêtu. Curieux – du moins à cette heure de la nuit. Mes soupçons s’éveillaient. Après tout, pensai-je, nous avions vainement cherché à démasquer un traître dans la maison, et Evans faisait bel et bien partie de ma liste des nouveaux arrivés dans notre domesticité. Je l’examinai encore avec des yeux plissés par l’expectative lorsque son regard absent croisa le mien. Il eut un sourire à peine esquissé et hocha la tête, comme s’il lisait dans mes pensées. Puis il sembla prendre une décision et se redressa de toute sa taille, carrant les épaules et levant le menton. Soudain, il n’avait plus du tout l’air d’un maître d’hôtel. Avant même qu’il n’ouvre la bouche, Nefret intervint :
- Cet homme a besoin de repos, dit-elle de sa voix ferme et autoritaire de praticien. Père, avec l’aide d’Evans, pourriez-vous le transporter dans ma salle de soin, je vous prie ?
- Si cela ne vous fait rien, madame, intervint Evans de façon inattendue, pourrions-nous plutôt le mettre dans la chambre vide qui se trouve à côté de la mienne. Ainsi, je veillerai sur lui.
- Ah, fit Emerson en lui lançant un regard dur. Ainsi vous le connaissez ?
Mais il ne fit pas d’autre commentaire et, avec l’accord de Nefret qui semblait un peu perdue devant les regards froids que se renvoyaient les deux hommes, le corps inconscient fut emporté vers l’étage.
- Je vous attends au salon, dis-je fermement.
Nefret, Lia et moi étions à peine installées devant le feu mourant que les deux hommes revinrent. Emerson leva un sourcil cynique en voyant le confortable verre de whisky soda que je m’étais servi mais j’avais autant besoin de me réchauffer et de m’éclaircir les idées. Les bienfaisantes vertus de cette boisson ne sont plus à démontrer. Emerson ne se servit pas, et s’adossa à la cheminée. Evans était debout, face à nous. Nous le regardions tous avec des yeux fixes, quelque peu accusateurs dans mon cas.
- Très bien, dit Emerson sèchement, mais sa voix n’était plus aussi menaçante que précédemment et je me demandai brièvement pourquoi. Nous vous écoutons, Evans. Qui est cet homme – et d’où le connaissez-vous ?
- Il s’appelle Jerry Morcook, répondit Evans sans se faire prier, et je le connais depuis des années. Il travaillait avec le Maître – il travaille toujours avec lui d’ailleurs et –
- Sethos ! m’exclamai-je.
- Peabody, je vous en prie, coupa Emerson d’un geste impatient. Je ne suis vraiment pas d’humeur à accepter vos interruptions inutiles. Continuez, Evans.
Je jetai à Emerson un regard noir – en pure perte car il ne me regardait pas – et décidai de garder mes réflexions pour un meilleur moment. Il y avait une certaine logique d’ailleurs dans sa requête. La nuit était déjà bien avancée. Il n’était certainement pas utile de faire durer cette entrevue plus que nécessaire.
- Oui, dis-je d’un ton pincé. Continuez, Evans.
Cette fois Emerson me regarda, et son air sombre s’éclaira d’un sourire inattendu. Evans commença à parler. Nous ne connaissions de sa vie passée que ce qu’il avait bien voulu nous en dire. Il avait vécu longtemps dans la rue mais ses manières étaient cependant parfaites, manifestement acquises au contact de son ancien maître. Sethos nous avait indiqué avoir confiance en Evans. Nous l’avions donc accepté. Nefret l’avait soigné. Tom Evans s’était senti à l’aise dans sa nouvelle fonction et l’avait accomplie avec diligence. Mais il nous indiqua avoir aussi reçu de Sethos la mission de veiller sur nous, de nous protéger. Emerson s’empourpra de rage en apprenant que son frère, avant même de s’embarquer en Amérique, avait eu vent des faux qui circulaient sous le manteau depuis la découverte de Toutankhamon. Bien qu’il ait quitté depuis plusieurs années le marché illégal des antiquités, Sethos y avait conservé – par goût et par nature – certains contacts. Au lieu de nous prévenir directement de ce qui se tramait, Sethos avait mandaté l’un de ses hommes, Jerry Morcook, pour expliquer la situation à Evans. Il devait également nous faire parvenir le faux scarabée pour attirer notre attention. C’était donc Morcook que les jumeaux avaient rencontré, lui qui avait été attaqué par le Grand Chat de Ré après avoir trébuché dans le piège creusé par les jumeaux sur son passage habituel. Jerry Morcook était l’homme au long manteau sombre qui avait eu le scarabée dans sa poche. Après avoir été ainsi intercepté, il avait trouvé un autre moyen de communiquer avec Evans. Il n’y avait plus eu d’intrusions dans le parc. Il est vrai aussi que les jumeaux avaient été étroitement surveillés depuis.
- Pourquoi avoir frappé le jardiner ? demandai-je étonnée. Et pourquoi avoir récupéré le scarabée dans la chambre de David John pour le mettre dans la roseraie ?
Evans me regarda stupéfait. Son expression était si outrageusement sincère que je m’en méfiai aussitôt. Il me paraissait tout aussi capable que son maître de simuler les émotions.
- Ni Jerry ni moi n’avons frappé le jeune Clerkenwell, madame, affirma-t-il. Pourquoi l’aurions-nous fait ? Nous ne l’avons jamais rencontré. Et j’ai été un peu étonné de voir que les enfants ne vous remettaient pas aussitôt le scarabée, mais j’ai pensé ensuite que c’étaient eux qui l’avaient apporté dans la roseraie pour – hum – créer un effet dramatique.
- Laissons pour l’instant de côté ce foutu scarabée, dit Emerson les dents serrées. Qui a agressé Morcook ce soir ?
- Je n’en sais pas plus que vous, professeur, répondit Evans. Nous avions rendez-vous ce soir. Il m’avait écrit et devait apporter de nouvelles preuves concernant le trafic. Il n’est pas venu à notre rendez-vous. J’ai attendu en vain plus d’une heure. J’étais à peine rentré et je vérifiais la fermeture des portes lorsque j’ai entendu frapper. Dès que j’ai ouvert, il s’est écroulé dans l’entrée. J’ai vu qu’il était inconscient, qu’il saignait, aussi je suis allée chercher madame Nefret – et je vous ai prévenus.
- Il a dû être attaqué juste devant la porte, dis-je.
- Pas forcément, Mère, remarqua Nefret. Un homme frappé dans le dos peut parfois continuer à marcher durant plusieurs minutes – même si le coup est mortel, ce qui n’est pas le cas ici.
Evans avait écouté Nefret avec attention. Il semblait réellement perturbé, mais soulagé. Il avait été le seul à approcher Morcook, pensai-je soudain. Avait-il donné lui-même ce coup de couteau ? Avait-il confondu son acolyte avec un malfaiteur ? Cela ne m’étonnait pas vraiment que Sethos ait chargé ses hommes de veiller sur nous, cela lui correspondait bien, tout comme le caractère compliqué de toute l’opération. Si Morcook faisait office de messager, nous étions obligés d’attendre son réveil pour en apprendre davantage. Pourrait-il décrire son agresseur ? C’était peu probable puisqu’il avait été frappé de dos. Qu’avait donc découvert Sethos ? Pourquoi ces manœuvres tortueuses ? Je savais qu’Emerson était d’ores et déjà furieux contre son frère, et que Ramsès le serait aussi, mais je réfléchissais au delà des premières évidences. Sethos était-il parti outre Atlantique afin de compléter son enquête ? Avait-il voulu nous charger de veiller en son absence sur ce qui se passait en Angleterre ? Et que découvriraient David et Ramsès à Highclere ? Que faisait au juste Hoaward Carter en Amérique ? Se pouvait-il…
Un juron étouffé d’Emerson interrompit net mes réflexions.
- Lia, Nefret, dit-il d’un ton bourru, vous dormez debout. Il n’est pas nécessaire de rester plus longtemps. Nous ne pouvons rien faire de plus ce soir.
- Evans, dit Nefret gentiment, je ne crois pas que votre ami aura besoin de quoi que ce soit durant la nuit mais j’ai laissé à côté de son lit une potion calmante à lui faire boire s’il se réveille. Je le verrai demain.
- Merci, madame, répondit Evans.
Il salua et nous quitta. Lia et Nefret ne s’attardèrent pas et remontèrent derrière lui. Je n’avais pas terminé mon whisky soda, aussi je sirotai mon verre tout en regardant Emerson.
- Le sa… ! s’exclama-t-il soudain en assénant un coup de poing sur l’appui de la cheminée.
- Voyons, dis-je calmement, sachant parfaitement à qui il faisait allusion. Il a voulu bien faire, Emerson.
- Bien faire ? explosa Emerson écumant. Il a fait cela juste pour s’amuser ! Crénom de nom ! Je vais l’étriper. Pourquoi n’a-t-il rien dit de ce foutu trafic s’il était déjà au courant avant son départ ? Pourquoi d’ailleurs est-il parti en Amérique – justement au moment où Carter s’y trouvait ? Peabody, ce serait un juste retour des choses si Carter était…
- Voyons, Emerson, dis-je en me levant après avoir déposé mon verre vide sur la table basse. Ne vous laissez pas emporter par votre rancœur. Je sais bien qu’Howard s’est mal comporté envers nous après la découverte de cette tombe. Après tout, c’est grâce à vous s’il…
- N’ajoutez surtout rien de plus, Amelia, coupa-t-il.
Emerson m’appelait rarement par mon prénom. Quand il le faisait, c’est qu’il était fâché. La découverte de la tombe de Toutankhamon était toujours une plaie ouverte en lui. Il avait désiré des années durant obtenir le firman sur la vallée des Rois, persuadé que certaines tombes royales y restaient à découvrir. Après avoir dû endurer les recherches ineptes d’un riche dilettante américain, Theodore Davis, il avait tout fait pour convaincre lord Carnarvon d’abandonner ses recherches, mais son insistance avait au contraire poussé le vieil homme entêté à agir à l’encontre de ses désirs. Emerson a de nombreuses qualités, mais le tact et la patience n’en faisaient pas partie.
Je sus soudain de façon certaine que nous ne retournerions pas travailler à Louxor. Ce serait un crève-cœur pour Emerson que d’avoir l’objet de tous ses désirs à portée de main, tout en étant banni de ses abords. Ramsès et Nefret devaient s’installer au Caire avec leurs enfants dès la saison prochaine, si la santé de Nefret le permettait. Il nous faudrait donc, Emerson et moi, reprendre un temps notre vie d’égyptologues vagabonds, avec de nouveaux sites de fouilles à choisir d’une année sur l’autre. J’avais aimé Louxor mais Emerson était bien plus important à mes yeux. Nous étions restés sédentaires suffisamment longtemps. Combien d’années faudrait-il encore pour que la tombe royale soit complètement vidée, musai-je ? Dix ans ? Davantage ? Sans doute, n’y retournerons-nous jamais…
- Venez, ma chérie, murmura Emerson dans mon cou. Vous dormez debout.
Roman de la momie maudite
La jeune fille était étendue, blessée, souffrante. Ses grands yeux tristes tournés vers la fenêtre semblaient…
Lorsqu’il alla lui rendre visite le matin suivant, David John apportait à Sennia de nouveaux livres. Elle avait aimé les précédents, et il en avait été flatté. Sa sœur lisait peu, Evvie pas du tout. David John appréciait pouvoir discuter avec Sennia de leurs goûts littéraires. Il était plus facile d’aborder ce sujet avec elle qu’avec ses grands-parents ou ses parents. Ceux-ci avaient parfois des censures que le garçon acceptait mal. David John n’aimait pas les contraintes, quelles qu’elles soient.
- J’ai pris ceux-là dans la bibliothèque de Maman, dit David John en tendant son paquet à Sennia. C’est une sélection assez libre. Elle était occupée avec son nouveau blessé.
- Qui est cet homme arrivé dans la nuit ? demanda la jeune fille.
- Un ami d’Evans – et aussi de Sethos à ce que j’ai compris, répondit David John. Je ne l’ai pas vu. Je ne pense pas que j’en aurais eu le droit. Tu sais que Charla et moi sommes quelque peu en disgrâce en ce moment. Evvie aussi d’ailleurs !
- Les choses ne s’arrangent-elles pas entre Charla et Evvie ?
- Si, admit-il, un peu. Mais cela n’a pas levé la consigne. Grand-maman reste furieuse que nous soyons sortis dans le parc l’autre nuit, même si nous avons réussi à intercepter l’intrus et à prendre le scarabée. J’aimerais que Papa revienne.
- Tu peux au moins espérer son retour, dit Sennia les yeux soudain embués. Mon père à moi ne reviendra jamais.
- Ton père ? demanda David John interloqué. Je ne savais pas que tu le connaissais. Qui est-ce, Sennia ?
- C’était le neveu de tante Amélia, répondit Sennia. Il est mort en Egypte pendant la guerre. Comme Bertie, il était amoureux d’une Egyptienne, ma mère, mais elle est morte et tante Amelia m’a recueillie.
- Un neveu ? répéta David John. C’était donc aussi le cousin de Papa. Pourquoi ne parlent-il jamais de lui ?
- Ils doivent avoir souffert de sa disparition, répondit Sennia. Parfois, le chagrin s’exprime mieux dans le silence.
- Mais ils parlent toujours du cousin John qui est mort en France, protesta David John, et je porte son nom. Comment s’appelait ton père ? ajouta-t-il après un moment de réflexion.
- Perceval Peabody, répondit fièrement Sennia.
- Perceval Peab… – fit David John les yeux ronds. Oh, Sennia c’est tellement extraordinaire. Regarde !
Il fouilla dans la pile de livres qu’il avait psoé près d’elle et en tira un petit recueil à la couverture usée. Sennia le prit d’une main incertaine. Le titre « Prisonnier des Arabes » s’étalait en lettres ternies sur le cuir fané. La première page indiquait que le recueil avait été édité à compte d’auteur en 1911 par les éditions Esquire. Sennia écarquilla les yeux en découvrant le nom de l’auteur : Perceval Peabody.
- Mon père ? demanda-t-elle en regardant David John.
- Je pense, répondit celui-ci. C’est un recueil de souvenirs mais – c’est assez curieux, ajouta-t-il en détournant soudain le regard. Les opinions exprimées semblent sectaires, parfois même au point d’en devenir comiques. Je ne pensais pas que leur auteur puisse être marié avec une Egyptienne.
- Mes parents n’étaient pas mariés, dit Sennia calmement. Merci pour ce livre, David John. Il m’est infiniment précieux.
Peu après, David John quitta la pièce et se retourna avant d’ouvrir la porte. Il vit que Sennia tenait le petit recueil serré contre sa poitrine. La visage du garçon se crispa d’une sorte angoisse qu’il ne comprenait pas très bien.
Manuscrit H
- Je crois que David et Ramsès ne vont pas tarder à revenir, dit Lia en regardant sa cousine. Qu’en penses-tu ?
- Pardon ? s’exclama Nefret après un bref silence. Tu m’as parlé ? Excuse-moi, Lia, je n’écoutais pas.
- A quoi pensais-tu ? demanda Lia gentiment.
- A mes derniers patients, comme tout bon médecin, dit Nefret en riant. Mais il n’y a pas grand chose à en dire. L’état de Sennia est plus que satisfaisant, même si je la trouve anormalement pâle depuis quelques semaines. Elle a récemment posé à tante Amelia des questions sur ses parents biologiques, tu sais.
- C’est bien normal, répondit calmement Lia. Sennia n’est plus une enfant. Je la plains beaucoup. Il n’est pas facile de se trouver entre deux cultures. David a déjà vécu cela, et – continua-t-elle d’une voix plus dure, mes enfants l’expérimenteront aussi.
- Lia ! s’écria Nefret en bondissant pour serrer son amie dans ses bras. Que se passe-t-il ? Est-ce Dollie ?
- Si tu savais combien les autres sont odieux avec lui, soupira Lia en se dégageant d’un air bravache. Il est encore si jeune, Nefret. Il est difficile pour lui de subir un tel ostracisme. Oh, dès que je donne mon nom, je le subis aussi mais au moins j’ai librement choisi mon sort. Quant à Sennia, en plus d’être à moitié Egyptienne, elle doit aussi affronter son illégitimité.
- Le professeur et tante Amelia l’ont adoptée, protesta Nefret. Elle porte très officiellement le nom d’Emerson.
- Et de ce fait, le monde la croit d’autant plus la fille illégitime de Ramsès, souligna Lia.
- Comment pourrais-je critiquer les autres de le penser alors que j’ai été la première à le croire jadis ? s’écria Nefret d’une voix émue. Je connaissais pourtant l’intégrité de Ramsès et pourtant –
- Je suis désolée d’avoir réveillé ces souvenirs, dit Lia gênée.
- C’est si injuste ! continua impulsivement Nefret. Pourquoi les enfants doivent-ils toujours payer les fautes de leurs parents ?
- Tout a un prix, dit Lia, un peu tristement. Heureusement personne ne sait pas d’avance combien dur est parfois le chemin. Mais il y a aussi des compensations, n’est-ce pas ?
- Tu sais, poursuivit Nefret, sans accepter le changement de sujet, je commence à comprendre l’attitude de ma belle-mère. Je la trouvais trop dure avec Ramsès autrefois, toujours à le critiquer, à le reprendre. En fait, elle s’inquiétait pour lui. Comme je m’inquiète pour mes enfants ou Sennia. Comment les protéger ?
- On ne peut pas toujours le faire, admit Lia. Il faut juste agir au jour le jour et affronter les épreuves comme elles viennent, sans se renier. Regarde-toi ! Tu as l’air plus gaie depuis que tu as ouvert le ventre de Sennia !
- Oh ! dit Nefret en éclatant de rire. Quelle horrible façon de dire les choses. J’ai eu deux patients hier – trois même si je compte ce pauvre Roger la semaine passée – mais Sennia était au moins un vrai cas chirurgical.
- Cela te manque, n’est-ce pas, de ne plus exercer ?
- La vie est un compromis, chérie, dit Nefret en agitant la main. J’ai beaucoup de projets quand nous retournerons au Caire, mais actuellement, la chirurgie n’est pas ma priorité.
- Même en Angleterre, la vie que vous menez est toujours trépidante, dit Lia. Que penses-tu de Jerry Morcook ?
- J’aime beaucoup l’oncle Sethos, répondit Nefret indirectement. Malgré tout ce qu’il a fait jadis, je ne peux m’empêcher d’avoir confiance en lui. Et il a raison : le professeur et tante Amelia s’ennuyaient ferme. Il leur a envoyé de la distraction.
Les deux jeunes femmes éclatèrent de rire, leurs soucis un moment mis de côté.
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04.12.2008
chapitre 4 - b
Le dernier télégramme de David et Ramsès indiquait qu’ils étaient partis à Highclere. Emerson écuma en le lisant.
- Je devrais les rejoindre, Peabody, affirma-t-il en agitant le papier froissé comme un étendard. Que diable ont-ils encore inventé ? Ils n’ont rien trouvé à Londres et je pense que je –
- Emerson, calmez-vous et venez prendre une tasse de thé, coupai-je d’un ton posé. Si David et Ramsès n’ont rien trouvé chez les vendeurs habituels de Londres, c’est qu’il n’y a rien à trouver. Vous savez parfaitement que, même si le contenu entier de la tombe se trouvait à Londres, aucun marchand ne vous donnerait le moindre renseignement. Vous êtes victime de votre propre crédibilité, mon cher. Vous ne leur avez que trop affirmé depuis des années ce que vous pensiez de leur profession.
- Je pourrais me déguiser… commença Emerson d’un ton hésitant.
- Il n’en est pas question, assénai-je sans ménagement. Je ne sais vraiment pas comment vous avez pu garder l’illusion que vous maîtrisez cet art difficile mais je dois à nouveau vous préciser que –
- N’insistez pas, Amelia, m’interrompit-il d’un ton sec. Et surtout ne me parlez pas de mon frère – ce vaurien – ce sal…
- Emerson !
Quoique furieux, il eut la décence d’adresser un regard gêné à Nefret et Lia qui riaient franchement comme deux petites folles. Je leur souris avec affection. J’étais moi-même assez satisfaite de ce petit échange. Le teint d’Emerson était devenu ponceau, ce qui seyait à ravir à ses yeux vifs d’un bleu saphir, et il arpentait le salon avec une énergie réconfortante. Il méritait bien une petite pause. La nuit avait été difficile, et la matinée encore pire. Devant ces derniers aléas qu’il lui était impossible de maîtriser, Emerson avait boudé toute la matinée dans son bureau. Emerson boudait rarement. Il avait davantage tendance à exposer à grands cris ses moindres mécontentements. Les Egyptiens ne lui avaient pas donné le surnom mérité de « maître des Imprécations » pour son équanimité de caractère. Emerson était le bruit et la puissance personnifiés. C’était ainsi qu’il était vraiment lui-même, et c’était ainsi que je l’aimais depuis – hum – disons de nombreuses années.
Après la nuit écourtée par notre visiteur inattendu, nous nous étions tous levé aux aurores parce que Sennia s’était réveillée indisposée. Elle se plaignait depuis plusieurs jours de douleurs abdominales que j’avais traitées avec mon efficacité habituelle, par une ceinture de flanelle et un léger relaxant. Malheureusement, les choses avaient empiré au cours de la nuit. J’avais donc appelé Nefret à l’aube en découvrant que Sennia avait une légère fièvre et des nausées, ainsi qu’une vive douleur à droite de l’ombilic qui irradiait vers son dos et le haut de sa cuisse. Dès que Nefret l’ausculta, appuyant doucement sur son ventre, cela provoqua un vomissement bilieux que j’essuyai immédiatement.
- Son pouls est rapide et elle a de la fièvre, dis-je en épongeant le petit visage crispé de la jeune fille. Il ne s’agit donc pas d’une simple indisposition. Qu’en dites-vous, Nefret ?
- L’accélération du pouls est normale par rapport à son hyperthermie, répondit Nefret d’une voix brève, penchée sur la bouche de Sennia dont la langue était sèche et blanchâtre. Son abdomen n’est pas trop ballonné et elle respire normalement.
Nefret demanda à Sennia de lever sa jambe droite tendue, ce qui provoqua chez la malade une crispation de souffrance.
- C’est une appendicite, dit enfin Nefret en se redressant. Il faut demander à Père de la descendre au rez-de-chaussée. Je vais m’habiller et préparer mes affaires.
Je sus ce qu’elle voulait dire. Nefret avait installé une sorte de cabinet médical avec ses instruments et quelques médicaments dans une des pièces du rez-de-chaussée qui servait anciennement de resserre près de la cuisine. Elle comptait donc opérer. J’appelai Emerson qui, affolé, descendit la jeune fille dans ses bras. Nefret s’enferma avec elle et nous attendîmes dans le salon la suite de son examen. Lia était avec nous, les yeux inquiets, le visage crispé.
- Elle va aller bien, tante Amelia, n’est-ce pas ? demanda-t-elle.
- Bien entendu, dis-je d’un ton ferme. Nefret est un excellent médecin, vous le savez, et une appendicite est une affection relativement courante.
- Bon Dieu ! beugla Emerson.
Je ne le repris pas. Il était bouleversé en pensant à Sennia – et je dois avouer que je ne me sentais pas très bien non plus. Aucun de nous ne suggéra l’idée de prendre un petit déjeuner. Nefret revint assez rapidement nous confirmer son diagnostic et annonça que, vu que Sennia était à jeun depuis la veille, elle allait procéder immédiatement à l’opération nécessaire. Je proposai de l’assister, ce qu’elle refusa posément, ainsi que ma proposition de faire venir du village un médecin pour l’aider.
- Je suis chirurgien, Mère, dit-elle d’une voix un peu sèche. L’inflammation est légère. C’est une opération d’une demi-heure, sans le moindre risque, Je n’aurai qu’à pratiquer une incision de quelques centimètres sur le flanc droit de Sennia.
Emerson sourcilla devant ce dernier détail et sortit brusquement du salon. Je ne le suivis pas. Lia et moi restâmes seules, sans parler.
Une heure après, Nefret revint annoncer que tout s’était parfaitement passé. Sennia dormait encore sous l’effet des sédatifs.
- Je lui retirerai son drain d’ici quelques heures, dit Nefret avec un sourire fatigué et elle pourra remonter dans sa chambre dès ce soir. Il est possible qu’elle reste un peu nauséeuse durant un jour ou deux. Je vous ai préparé la diète qu’elle devra suivre, Mère.
Laissant Lia parler à Nefret, j’allai immédiatement voir Sennia, bien entendu. Elle dormait, enveloppée dans son drap blanc bordé sous le menton, comme une momie. Lorsque j’entrai, Emerson se trouvait déjà dans la chambre. Il lui tenait la main.
- Elle est encore si petite, dit-il d’une voix émue ne se tournant vers moi. Surtout quand elle est malade.
Je ne répondis pas mais lui serrai fort la main. Il avait les yeux humides. Quand il vit que je l’avais remarqué, il eut un mouvement ombrageux et quitta la pièce pour aller s’enfermer dans son bureau.
Dès leur réveil, nous avions prévenu les trois enfants de la maladie de Sennia, tout en leur demandant d’être sages – et surtout silencieux. Ce fut le cas durant quelques heures. En fin de matinée, des hurlements indignés m’attirèrent cependant dans la salle de jeu où je trouvai Evvie et Charla qui se faisaient face, rouge et ébouriffées, comme deux petites harpies. Heket, la petite chatte tigrée, était à ses pieds et sautillait pour attraper un gland de tissu qui pendait d’un fauteuil rembourré devant l’âtre. Les contorsions de la petite bête étaient amusantes mais je compris vite que c’étaient elles qui avaient occasionné la dispute.
- Regarde, criait Evvie d’une vois stridente et moqueuse, ton chat est une vraie grenouille – et même un affreux crapaud !
- Crapaud toi-même ! répondit Charla d’un ton violent, ses yeux noirs flambant de rage. Tu es trop mauvaise ! Tu n’emporteras pas Triphis en quittant Amarna. Je la garderai ! Tu ne connais rien aux chats. Tous les chatons sont naturellement joueurs.
En réalité, si Triphis regardait les ébats d’Heket d’un air intéressé, elle ne semblait pas prête à y participer, préférant lécher son pelage d’un air hautain. Je lui trouvais même un air sardonique qui me rappela Horus, de sinistre mémoire. Allions-nous à nouveau devoir tenir compte d’un chat au caractère malveillant ? L’idée me fit frémir. Nefret et Lia s’étaient pendant ce temps occupé de séparer les fillettes avant qu’elles n’en viennent aux mains. David John écrivait sur le bureau, le dos tourné, sans les regarder. Je lui jetai un coup d’œil et soupirai avant de ressortir de la pièce sans écouter les sermons maternels. Ils eurent un certain effet car la journée continua ensuite comme une paix armée.
Les enfants déjeunèrent avec nous – den silence – mais ils avaient été privés de thé en notre compagnie et restèrent consignés dans leur chambre. Même si David John s’était sagement abstenu de prendre parti dans la dispute, il avait fort dignement tenu à partager le sort de sa sœur et de sa cousine. Je demandai à Rose de lui monter une assiette avec des gâteaux et du thé. Après tout, il le méritait.
- Je ne m’étonne pas que David et Ramsès aient choisi d’échapper un moment à leur filles, soupira Lia en savourant son thé brulant. Evvie devient de pire en pire depuis que Dollie est parti. Je pensais que cela lui donnerait plutôt le sens des responsabilités, mais au contraire, elle fait caprice sur caprice.
- Son frère aîné lui manque, dit gentiment Nefret en posant la main sur le bras de Lia. Charla a son petit caractère, elle aussi. Ne t’inquiète pas, elles finiront par se réconcilier.
- Comment va Sennia ? demanda Emerson en jetant le télégramme froissé sur un fauteuil.
- Elle est bien réveillée, répondit Nefret avec un sourire rassurant, et ravie de retrouver sa chambre. C’est vrai que ma salle de soin est quelque peu spartiate. J’ai autorisé David John à lui rendre visite. Il est plutôt calme, n’est-ce pas ? Il a joué aux échecs avec elle et lui a prêté des livres en partant.
- Et comment va Morcook ? jeta Emerson à contrecœur.
Jerry Morcook était le nom de l’homme que nous avions trouvé saignant dans notre entrée durant la nuit. Nefret l’avait rapidement jugé dans un état grave mais non inquiétant. Il avait reçu un coup de couteau dans le dos, et avait perdu du sang en abondance. Il dormait depuis dans une des chambres attribuées aux domestiques. Tom Evans veillait sur lui.
Il nous avait fallu un peu de temps avant d’obtenir de notre maître d’hôtel un récit cohérent de ce qui s’était passé. Il semblait être complètement dépassé par la vue du sang – peut-être, avais-je pensé, puisqu’un coup de couteau dans le ventre l’avait amené chez nous quelques mois auparavant, l’état de l’inconnu lui rappelait-il son propre sort. Il s’avéra vite que je me trompais.
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02.12.2008
chapitre 4 - a
Chapitre 4
Toutankhamon, XVIIIème dynastie, assuma une période de règne très brève entre Akhenaton et Semenkhâré – qui pourrait être en fait Néfertiti, son épouse.
Ce fut Tom Evans qui me réveilla en frappant à notre porte au beau milieu de la nuit. Je me levai immédiatement tandis qu’Emerson émergeait péniblement – le cher homme n’est jamais au mieux de sa forme lorsqu’il est réveillé en sursaut. Pour l’heure, j’avoue que ce fut mon passage impétueux sur son estomac en quittant le lit qui l’avait surpris. Il jurait encore alors que j’ouvrais la porte pour trouver notre maître d’hôtel le poing encore levé. Il était entièrement vêtu, mais ses cheveux gris étaient en désordre, son air compassé semblait quelque peu oublié. Il avait des taches sombres sur le bras et du sang sur les mains.
- Mon Dieu, Evans, dis-je calmement comme si j’avais l’habitude d’ouvrir ma porte en peignoir à mes domestiques en pleine nuit, que se passe-t-il donc ? Seriez-vous blessé ?
- Je vous signale que moi je suis blessé, Peabody, grogna Emerson d’une voix faible, et manifestement cela ne vous inquiète guère.
- Non, madame, rétorqua Evans en jetant un œil circonspect vers le lit d’où, d’après les sons rauques, Emerson devait émerger, drapé dans son drap comme un romain dans sa toge. Il y a un homme dans l’entrée. Il vous demande et il – hum – saigne…
- Avez-vous prévenu Mrs Nefret, dis-je en sortant vivement de la chambre et en m’avançant vers l’escalier pour descendre.
- Peabody ! rugit Emerson qui cherchait désespérément – et manifestement en vain – ses vêtements. N’y allez pas seule. Aie ! Bon dieu de bon dieu ! Qui m’a foutu une chaise en plein milieu de – Attendez moi !
- Oui madame, répondit Evans en me suivant. Elle est déjà en bas.
Nefret avait effectivement procédé à un premier examen et parlait à Lia qui tenait une lampe allumée au dessus du blessé. Je fus saisie en arrivant au bas de l’escalier par le côté tragique et quelque peu théâtral de la scène. La jeune femme blonde accroupie avec sa robe claire étalée autour d’elle devant l’homme étendu dans son manteau noir, tandis que les ruisseaux de sang – bon, peut-être n’était-ce que des ruisselets – s’écoulaient sur le marbre blanc, la silhouette estompée de Lia tenant comme une vestale sa lumière pâle au dessus d’eux. Le grand William Shakespeare aurait apprécié une telle mise en scène et probablement trouvé une façon dramatique de la décrire mais Emerson, surgissant de la chambre à demi-vêtu, fut plus direct en se pencha par dessus la rambarde :
- Crénom ! Que fait donc ce clampin à saigner dans mon entrée ? beugla-t-il. Que s’est-il donc passé ?
- Père, répondit Nefret calmement, pourriez-vous descendre et m’aider à transporter le blessé dans le salon.
Avec l’aide d’Evans qui lui soutenait les pieds, Emerson transporta donc le blessé dans notre salon et l’étendit sur le canapé. Je n’eus qu’une brève crispation à la pensée que le sang partirait très mal sur le velours, mais ma compassion vis à vis de mon prochain m’empêcha d’en faire la remarque à voix haute.
- Est-ce grave, Nefret, demandai-je. Et qui est ce monsieur ? Comment est-ce arrivé, Evans ?
- Bon Dieu, rugit Emerson, taisez-vous Peabody. Comment voulez-vous obtenir des réponses si vous parlez sans arrêt. Evans, qui est-ce vaurien ? S’il est entré par effraction dans la maison, pourquoi se donner la peine de le soigner, je vais plutôt – hum – qui l’a blessé d’ailleurs ?
Manuscrit H
Ramsès et David n’avaient eu aucun mal à obtenir un rendez-vous avec Jason Anderson. Ils le rencontrèrent dans un pub non loin du British muséum où ils avaient passé l’après-midi. Comme Ramsès l’avait prévu, l’homme ne demandait qu’à trouver de nouveaux renseignements et savait parfaitement que Ramsès s’était trouvé sur les lieux dès l’ouverture de la tombe. Le journaliste fut très déçu d’apprendre que la célèbre dispute entre Emerson et lord Carnarvon avait en fait complètement coupé les Emerson des retombées de la découverte. Lorsqu’il fut assuré que Ramsès ne lui raconterait rien de particulier sur Howard Carter, il se rembrunit et prit un air maussade.
- Je vais donc continuer à faire parler les voyantes, dit-il. Pourtant, d’après Kevin O’Connell, vos parents lui communiquaient parfois quelques tuyaux, Mr Emerson. Je ne vois pas pourquoi –
- A propos d’O’Connell, demanda Ramsès, auriez-vous reçu récemment de ses nouvelles ?
- Pourquoi ? coupa aussitôt l’autre, l’œil allumé et quelque peu inquiet. Nous travaillons en tandem sur cette affaire, vous savez. Je peux écouter aussi bien que lui –
- Je tiens à parler à O’Connell pour des raisons personnelles qui n’ont strictement rien à voir avec Toutankhamon, mentit Ramsès. Mon ami, Mr Todros, l’a rencontré la semaine passée à la gare de Paddington alors qu’il se rendait dans le Berkshire pour rencontrer Carter.
- Vous en savez donc plus que moi, dit Anderson les yeux plissés. Je sais qu’il voulait aller à Highclere pour tenter d’y voir la fille et la veuve de Carnarvon. Mais je ne crois pas que Carter y soit. Il est en Amérique en ce moment. Et je ne pense pas que ces foutues aristocrates tiendront tellement à parler aux journalistes. Elles se moquent bien de la liberté de la presse. Ni lady Almina, ni lady Evelyn ne diront rien à O’Connell. Je lui ai dit qu’il allait perdre son temps.
- Il est pourtant parti depuis plusieurs jours, souligna David. Pourquoi n’est-il pas encore revenu ?
- Je n’avais pas pensé à ça, dit Anderson en se mordillant la lèvre. Le journal n’a rien reçu de lui mais son absence ne me gène pas. Pendant ce temps, c’est moi qu’ils ont chargé de maintenir la pression sur la malédiction. Toutes ces morts, c’est réellement suspect, non ? « La mort frappera de ses ailes agiles celui qui osera troubler le repos du roi » continua-t-il avec un entrain obscène. Ceux qui sont entrés dans cette tombe auraient bien fait de se méfier !
- Je suis entré dans cette tombe, souligna Ramsès le visage figé. Il n’y avait pas de porte d’or et pas d’inscription. C’est une parfaite invention des journalistes.
- Les malédictions font de bons papiers, admit Anderson sans se déconcerter. Il y avait déjà eu la mort curieuse du canari de Carter même avant la découverte. C’est un journal français, le Figaro, qui s’est emballé le premier après la mort de Carnarvon. Je cite de mémoire : « Les événements ont donné raison aux prédictions des fellahs. Ainsi se trouvent réalisées les menaces des grands prêtres égyptiens contre les profanateurs de momies. »
- Dans le même style de fiction littéraire, dit Ramsès, Sir Arthur Conan Doyle, père de Sherlock Holmes a également largement diffusé son hypothèse d’une malédiction du pharaon.
- C’est un fervent adepte de spiritisme, dit David avec un sourire.
- Comment expliquez-vous cette suite de morts étranges ? demanda Anderson avec feu. Pourquoi ne pas admettre que les prêtres égyptiens détenaient des pouvoirs magiques destinés à conjurer les pillages de tombes ?
- Vraiment ? dit Ramsès d’une voix traînante et volontairement méprisante. Comment comprendre, dans ce cas, que les voleurs aient pu opérer pendant des millénaires et que les découvreurs de momies royales – tels Gaston Maspero, Victor Loret ou Pierre Montet – n’aient jamais été victimes d’une telle malédiction ?
- Le public aime les explications, continua Anderson avec un entêtement acharné. Vous les jugez farfelues, mais elles ont un vernis scientifique qui les rend crédibles. En Egypte, O’Connell a recueilli les premières rumeurs auprès des employés et des ouvriers des fouilles. Quant à la fameuse inscription qui menace de mort ceux qui osent déranger la paix éternelle du pharaon, même s’il s’agit d’une pure invention, elle ne vient pas de nous. D’après ce que j’en sais, le responsable est un agent de la sécurité du chantier de fouille de Carter qui a tenté ainsi d’effrayer les candidats pilleurs, tentés par le trésor.
- Quand on connaît la superstition des Egyptiens, cela peut fonctionner, dit David en soupirant. Ce serait un miracle qu’aucun objet ne disparaisse dans cette tombe !
Le journaliste les quitta peu après, Ramsès et David le regardèrent s’éloigner en silence.
- Qu’en penses-tu ? demanda enfin David.
- Highclere n’est qu’à cinquante kilomètres de Londres, dit Ramsès d’une voix lente. Après tout, pourquoi n’y ferions-nous pas un tour ?
.../...
17:16 Publié dans L'OR MAUDIT DE PHARAON | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




