22.12.2008
chapitre 5 - c
- Rien ! marmonna Emerson.
- Emerson est un peu sensible sur le sujet depuis la dernière lettre de Margaret, dis-je posément. Elle a assisté à une conférence au Met où – comme par hasard – Sethos n’a pu l’accompagner. Or, ce soir-là, – comme par hasard – Howard Carter s’est désisté et c’est son secrétaire, Mr Novarn Racdrol – un homme soi-disant d’origine écossaise, comme par hasard barbu et affligé d’un fort accent – qui a mené les débats.
- Si je vous suis bien, Mère, dit Ramsès les sourcils levés, vous pensez que ledit secrétaire serait en réalité Sethos ?
- Je ne fais pas que le penser, c’est l’évidence même ! affirmai-je. D’ailleurs Emerson a été le premier à remarquer que Novarn Racdrol était très exactement Lord Carnarvon à l’envers.
- Remarquable, Père ! admit Ramsès – puis il ajouta entre ses dents serrées : Et si conforme à l’humour de ce cher oncle.
- C’est aussi mon avis, dis-je en le fixant – Ramsès n’avait jamais réussi à surmonter l’agacement que les manières désinvoltes de Sethos lui inspirait souvent, Emerson non plus d’ailleurs. Toujours d’après Margaret, continuai-je, la conférence était très réussie, avec des photographies remarquables et –
- … et un plan de la tombe affiché derrière l’orateur, grinça Emerson. Un plan de la tombe très certainement identique à celui que possède Morcook.
- Je ne vois pas trop le rapport, dis-je.
- Vu l’esprit tordu de mon cher frère, il doit y en avoir un !
- Pensez-vous que Sethos, avant de changer son personnage à cause de Margaret, aurait pris l’identité de Carter ? demanda Ramsès. Que soit celui qui ait donné toutes ces conférences au Met? Mais dans quel but ? C’est un travail si énorme.
- D’après Emerson, il veut juste piller leurs collections, dis-je calmement – et j’entendis David s’étouffer, mais cela me semble improbable. En fait, maintenant qu’il est marié et – hum – père adoptif, Sethos cherche une stabilité, une respectabilité même. Voyons, il a même le projet d’acheter des terres, d’acquérir un portefeuille d’actions. Il n’a vraiment aucun intérêt à se créer des problèmes avec la justice américaine.
- Je comprends mieux pourquoi vous teniez tant à savoir si Carter se trouvait ou non à Highclere, Père, dit Ramsès en réfléchissant. Cela mériterait sans doute d’y retourner voir.
- Mais pas tout de suite ! s’écria Lia en s’accrochant au bras de David. Vous venez juste de revenir.
- La prochaine fois, j’irai avec vous, grommela Emerson.
Au cours de la matinée, j’avais passé un long moment auprès de Sennia, heureuse de voir qu’elle recouvrait rapidement la santé et que son regard s’animait à nouveau. Peut-être cette infection avait-elle été la cause de son récent dépérissement après tout ?
En arrivant, Ramsès n’avait pu immédiatement voir la jeune fille qui était endormie. Aussi, dès qu’il apprit son réveil, il monta lui rendre visite, accompagné de Nefret. L’après-midi était déjà bien avancé. Un soleil voilé perçait à travers les nuages et illuminait les vitres. Au delà, j’entendais de joyeux cris animés, mêlés à des jappements sonores. Les enfants devaient jouer sur la terrasse avec le nouveau petit chien. Un terrier d’Ecosse, pensai-je avec un sourire. Pauvre Emerson ! Lui et moi étions restés au salon à deviser avec David et Lia. Les priorités d’Emerson étant toujours archéologiques, il avait entrepris David sur divers aspects de son voyage en France, critiquant sans vergogne le directeur du musée du Louvre et donnant un avis non sollicité sur la suite de la carrière professionnelle du garçon. Après l’avoir écouté pérorer un moment sans juger bon d’intervenir, j’échangeai avec ma nièce d’agréables réflexions sur l’évolution des mœurs qu’avaient apportées en France les années folles, leur influence en Angleterre, avant d’évoquer l’importance de la fermeté dans l’éducation. Lia était douce et indulgente. J’étais heureuse pour elle qu’aucun de ses quatre enfants – malgré le caractère un peu trop vif d’Evvie – ne soit aussi difficile à élever que Ramsès l’avait été. A mon avis, Lia était une épouse et une mère comblée. J’avais joué un certain rôle dans son mariage et son bonheur sans nuage faisait plaisir à voir.
Manuscrit H
- Je ne comptais pas rester aussi longtemps absent, chérie, dit Ramsès à sa femme en montant l’escalier. Je ne pensais pas non plus qu’il se passerait quoi que ce soit.
- Cela a été assez animé, répondit Nefret d’une voix sereine. Du coup, nous n’avons pas vu le temps passer – ce qui est parfait. Mère est en grande forme, n’est-ce pas ?
- Effectivement. Je craignais qu’elle ne s’ennuie mortellement d’être restée à Amarna mais j’aurais dû mieux la connaître.
- Elle a été très active, admit Nefret en riant, même si cela ne se voyait pas. Elle a envoyé des lettres à tout vat et rempli je ne sais combien de listes – surtout au sujet des décès de la malédiction.
- J’en avais déjà vu une reprenant les hypothèses des journalistes, et les poisons d’origines variées. C’était assez – disons spécial !
- Sans doute mais elle a depuis scrupuleusement éliminé chacune de ces théories, affirma Nefret avec sérieux. Et elle a raison au moins sur un point : il y a eu trop de décès, ce ne peut être une simple coïncidence. Il faudra qu’elle te montre la liste complète qu’elle a établie avec les détails concernant les victimes : âge, nationalité, cause, lieu et autres. C’est très impressionnant.
Ramsès ne répondit pas parce qu’ils étaient arrivés devant la porte de Sennia. Il frappa puis, dès que Sennia répondit, il s’effaça pour laisser entrer Nefret dans la pièce. Sennia était assise sur son lit, ses cheveux bruns soigneusement coiffés et ornés d’un ruban ponceau. Elle portait une liseuse en laine rose et sourit à leur vue.
- Je savais que vous étiez rentré, Ramsès, s’écria-t-elle en tendant son visage vers lui. David John est passé me le dire. Il m’a aussi annoncé que vous lui aviez ramené un petit chien, Cairn. Il doit me le présenter tout à l’heure.
- Tu as une mine magnifique, Petit Oiseau, répondit Ramsès dans son arabe le plus fleuri. J’en suis heureux. Si j’avais appris ton opération plus tôt, je me serais fait du souci pour toi.
S’asseyant au pied du lit, Ramsès prit la main de Sennia. Nefret, installée un peu à l’écart sur un fauteuil bas, eut un brusque élan d’amour devant le tableau qu’ils formaient. Ils se ressemblaient tant. Sans doute, pensa-t-elle, Charla en grandissant aurait-elle aussi des cheveux sombres aux souples ondulations, de grands yeux d’orientale aux longs cils. Mais sa fille avait le teint plus pâle – et curieusement c’était le blond David John qui avait hérité de la chaude carnation de son père – et de noires prunelles, comme Lily. Sa dernière-née. Sa dernière maternité aussi. Nefret ressentait pour sa toute petite fille un sentiment très intense, presque douloureux, sans doute parce qu’elle avait cru la perdre ou du moins ne pas survivre à sa naissance. Elle se penchait souvent avec passion sur le berceau du bébé dont la personnalité était encore un tel mystère. A qui ressemblerait-elle ? Serait-ce à Lily Forth dont elle-même n’avait aucun souvenir ? Et si c’était le cas, comment pourrait-elle reconnaître une similitude ? Il n’était pas toujours facile de savoir de quel ascendant tenait un enfant. D’où venait la richesse intérieure de David John, la violence passionnée qui animait parfois les colères de Charla ? La génétique émotionnelle était une science imprécise que Nefret connaissait mal. Il était plus facile de découvrir une ressemblance physique. Lorsque regard de Nefret revint vers Sennia, elle eut un frisson en repensant aux terribles malheurs que le père de la jeune fille avait jadis provoqué dans sa vie. A cause de son héritage, Percy Peabody avait cherché à l’épouser, à s’imposer même quand ses premières attentions n’avaient pas été bien reçues. Et pour cause ! Percy avait été ce que Nefret méprisait le plus au monde, un homme abusant de sa force et de sa position auprès des faibles en particulier des femmes qu’il considérait comme des objets soumis à ses caprices. Cette attitude l’avait rendu plus odieux aux yeux de Nefret que la trahison dont il s’était rendu coupable envers son pays. Pourtant Davis et Ramsès avaient failli payer de leurs vies le ralliement vénal de Percy à la cause turque. A nouveau, Nefret frissonna de ces réminiscences. Elle avait failli perdre Ramsès, ne jamais connaître la joie d’être sa femme, de porter ses enfants. De toute son âme ardente, elle souhaita soudain que Sennia n’apprenne jamais la vraie nature de son géniteur. Il valait mieux que l’enfant reste dans l’ignorance plutôt que d’affronter le fardeau une telle vérité. C’est ce qu’elle avait dit à sa belle-mère peu de temps auparavant et tante Amelia avait été d’accord avec elle. Curieusement, elle avait même parut soulagée de son appui. Pauvre tante Amelia ! pensa Nefret avec un sourire ému. Douterait-elle parfois de la sagesse de ses décisions autocratiques. Serait-ce une autre faiblesse de l’âge, comme ces petites siestes qu’elle s’autorisait de temps à autre ?
- Un sou pour vos pensées, tante Nefret, s’exclama Sennia dont la voix animée la tira de sa rêverie.
- Rien de bien important, chérie, répondit Nefret en riant. Je me disais juste que vous ressembliez beaucoup à Ramsès.
Nefret avait répondu impulsivement et vit que Ramsès tiquait. Cela avait été à peine perceptible mais elle connaissait si bien la moindre nuance de cette physionomie tant aimée. Elle se tança mentalement. Il était vraiment maladroit de sa part de rappeler à Sennia le douloureux problème de ses origines.
- Votre mine est resplendissante aujourd’hui, enchaîna vivement Nefret. Vous pourrez revenir avec nous à table dès demain. Ramsès vous aidera à descendre les escaliers.
- A mon âge, je ne sais si mon dos le permettra, dit Ramsès d'un ton faussement inquiet – et Sennia en riant lui jeta à la tête un des coussins brodés qui ornaient son lit.
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19.12.2008
chapitre 5 - b
L'enthousiasme de Lia fit rire Nefret et David.
- Nous n’avons fait que parler de nos aventures, dit Ramsès quand le calme fut revenu. Qu’en est-il de votre côté ? Se serait-il passé quelque chose ici durant notre absence – du moins à part l’opération de Sennia dont Nefret m’a brièvement parlé pendant que je me changeais ?
Le ton traînant et quelque peu moqueur de Ramsès me galvanisa. Il m’offrait cependant une ouverture parfaite. J’étais bien certaine que, durant les courts instants d’intimité où le jeune couple s’était retrouvé, Nefret avait parlé le moins possible. Et Lia également. Une épouse aimante qui récupère son mari après plusieurs jours d’absence a généralement – du moins, à mon avis – d’autres préoccupations en tête que les discours. Et puis, nous n’avions rien vécu de si inhabituel après tout. Il faut bien avouer que, dans notre famille, les agressions d’ordres variés ne sont pas aussi rares qu’elles ne le devraient.
- Ramsès, dis-je d’un air entendu, je ne m’étonne pas que Nefret ne vous ai encore rien raconté. Et je ne crois pas, David, que Lia ait été plus loquace, n’est-ce pas ? Ne rougissez pas mon garçon, c’est bien normal. Une épouse aimante qui récupère son mari après plusieurs jours d’absence a généralement d’autres préoccupations en tête que les discours – du moins, à mon avis.
Curieusement, Lia et Nefret se mirent elles aussi à rougir comme des écolières. Emerson eut une toux étranglée et me jeta un regard outragé. Seul Ramsès, fidèle à lui-même, resta impassible.
- Pour répondre à votre question, mon cher enfant, continuai-je avec un sourire suave – qui éveilla aussitôt la suspicion de mon fils. Nous avons connu quelques petits aléas, mais parfaitement gérés – si je puis dire. En bref, il semble que Robbie Clerkenwell ait été attaqué par Stephen Briggs, le fils du tavernier – et, pour élucider cette histoire, votre père a même dû s’abreuver au pub du village. Ensuite, nous avons intercepté l’inconnu du parc. Blessé d’un coup de couteau dans le dos, il est actuellement dans une chambre là-haut. Evans n’est pas seulement maître d’hôtel, il a aussi été chargé par Sethos de nous surveiller. L’ex Maître du Crime était au courant du trafic mais n’avait pas le temps de s’en occuper. Il est vrai qu’il donne des conférences au Met et cherche à s’installer en propriétaire terrien. Quoi d’autre ? Ah ! Nous avons réglé une petite querelle domestique entre Heket et Triphis. Enfin, les Vandergelt quittent Louxor et mettent en vente le Château. Voilà – auriez-vous par hasard des questions ?
Mon petit discours, rapidement expédié, eut un remarquable succès. Emerson en était resté la mâchoire béante, à me regarder fixement. Nefret et Lia se tenaient les côtes de rire. David ouvrait de grands yeux sidérés et même Ramsès semblait plutôt secoué. Je dois avouer que j’étais très fière de moi.
- Encore bravo, tante Amelia ! dit enfin Lia d’une voix encore hachée par son fou-rire à peine maîtrisé.
- Mais enfin Peabody, que vous prend-il ? éructa Emerson qui récupérait à peine et n’avait pas son énergie coutumière.
- Je suis très impressionné, Mère, dit enfin Ramsès. Et, si vous le permettez, j’aurais effectivement quelques questions.
- Moi aussi ! rugit Emerson à pleins poumons. Où diable avez-vous pris cette idée grotesque que le jeune Briggs – j’avais oublié son nom – avait assommé Clerkenwell. Crénom de nom, qu’en savez-vous ? Je vous ai dis que je retournerai au village afin d’interroger le fils du tavernier mais entre Sennia et ce satané Morcook, j’ai eu d’autres préoccupations.
- C’est bien compréhensible, Père, intervint Ramsès. Qui est au juste ce Morcook ? Est-ce réellement l’homme au manteau noir que les jumeaux avaient intercepté dans le parc, celui qui possédait le scarabée ? Comment –
- C’est bien lui, dis-je, prenant de vitesse Emerson qui s’apprêtait aussi à répondre – ce petit jeu m’amusait toujours. Nous l’avons retrouvé blessé –
- … A saigner comme un bœuf sur le marbre de l’entrée –
- … Et Nefret l’a soigné. Un coup de couteau dans le dos, ainsi que je vous l’ai dit. Il avait perdu beaucoup de sang aussi n’avons-nous pu l’interroger qu’hier soir, lorsqu’il a repris conscience. Il n’a pas vu son agresseur. C’est aussi un homme de Sethos qui, comme Evans travaillait – travaillent encore – pour Sethos. Morcook servait de messager. Emerson a assez mal pris la nouvelle que son frère attentionné avait chargé Evans de nous protéger.
- De nous surveiller, oui ! explosa Emerson furieux. Ce satané… – il savait – avant même de partir en Amérique, il savait que circulaient des faux bijoux venant soi-disant de Toutankhamon. Sethos a gardé des contacts dans le marché illégal des antiquités. Grrr –
- Ne vous étouffez pas, Emerson. C’est une manière comme une autre d’obtenir des renseignements intéressants après tout, dis-je calmement avant de poursuivre à l’attention de Ramsès et David. Au lieu de nous prévenir directement de ce qu’il avait appris, Sethos a préféré nous faire parvenir un scarabée qu’il avait récupéré par l’intermédiaire de Mr Morcook. Bien évidement, l’intervention musclée des jumeaux et du Grand Chat de Ré n’avait pas été prévue.
- Comment ce scarabée a disparu de la chambre de David John pour se retrouver dans la roseraie avec Robert Clerkenwell ? demanda Ramsès.
- Ah, dis-je un peu vexée. Cela reste encore un mystère. Nous n’en avons aucune idée. A mon avis, ce scarabée n’a rien à voir avec l’agression de notre jardinier. D’après les renseignements ramenés par Emerson, la sœur de Robbie serait – hum – courtisée par Stephen Briggs, le fils du tavernier. Maggie n’a que seize ans, vous savez, aussi son frère doit trouver –
- Peabody !
- Oui, c’est un autre débat, en effet, Emerson mais que diriez-vous s’il s’agissait de Sennia ? Il n’empêche que les deux garçons se sont déjà battus à cause de Maggie. Il faudrait avoir un entretien privé avec le jeune Briggs et aussi en reparler avec Robbie.
- Nous attendrons donc des aveux avant d’admettre votre théorie sentimentale, ma chère, grinça Emerson. Mais si le jeune Briggs a pour habitude d’assommer ses adversaires par derrière, il va m’entendre. Cependant, votre hypothèse a une certaine logique. Depuis le début, je voyais mal le moindre rapport entre un paysan du Kent et un scarabée égyptien.
- Si vous le souhaitez, Père, je pourrai aller parler à Stephen et à Robert, proposa Ramsès. Que vous a dit d’autre ce Morcook ?
- Il venait juste de reprendre conscience, aussi ne sommes-nous pas restés longtemps, commençai-je.
- Il était en possession d’un plan de la tombe de Toutankhamon, , dit Emerson, un plan très détaillé d’ailleurs.
- Et aussi d’un message de Sethos concernant Richard Bathell.
- Qui est donc Richard Bathell ? demanda David éberlué.
- L’un des secrétaires de Carter, répondit aussitôt Ramsès. Je me souviens de lui – un homme blond, une trentaine d’année, bien éduqué. Il fait partie des cas de la malédiction –
- D’après la liste de Mère, fit remarquer Nefret, il est mort d’un arrêt cardiaque ou d’un accident vasculaire. C’est rare à cet âge. S’il n’y a pas eu d’autopsie, comment savoir ?
- C’est une histoire bien triste, dis-je. Le père de ce jeune homme s’est suicidé dans les semaines qui ont suivi la mort de son fils. En cherchant des renseignements suivant les ordres de Sethos, Mr Morcook a cependant découvert que, peu avant son décès, Mr Bathell avait travaillé avec Alasdair Asquith, un Ecossais –
- Ne me parlez plus d’Ecossais ! rugit Emerson.
- Du calme, mon cher Emerson, dis-je, nous y reviendrons. Je disais donc que Mr Asquith travaillait comme secrétaire aussi bien pour Howard que pour lord Carnarvon. Mais il a disparu. D’après Mr Morcook, Mr Asquith avait eu de quoi être troublé. Il avait été – hum – romantiquement impliqué avec une demoiselle Mary Scott-Arthur.
- Il me semble que je connais ce nom, dit Ramsès. Elle était aussi à Louxor il y a deux ans, n’est-ce pas ?
- Oui, sans doute, dis-je. C’était l’infirmière personnelle de lord Carnarvon Elle aussi est morte récemment, dans son sommeil. Et elle n’avait que quarante ans.
- C’est horrible ! s’exclama Lia.
Il y eut un bref moment de silence. Puis Emerson s’agita et Ramsès revint à la question qui devait le turlupiner.
- Qu’avez-vous donc contre les Ecossais, Père ? s’enquit-il.
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18.12.2008
chapitre 5 - a
David et Ramsès revinrent enfin à Amarna Manor en début d’après-midi pendant une heureuse éclaircie. Comme des voyageurs égarés ou des soldats revenant du front, ils furent chaleureusement accueillis par toute la maisonnée réunie – seule Sennia, toujours alitée, manquait à la fête. Devant le spectacle qu’offraient les domestiques alignés, les enfants qui agitaient les mains, les deux jeunes femmes bras dessus-dessous et enfin Emerson et moi en avant-garde, je dus avouer que notre famille manifestait parfois un certain penchant pour le théâtral. Dès que la voiture s’arrêta devant le perron, les filles dévalèrent les marches en piaillant, suivies plus posément par David John. Tandis que David s’extirpait de derrière son volant, Ramsès ouvrit la porte de notre côté et provoqua une surprise immédiate car il sortit du véhicule en tenant dans les bras un chiot à longs poils dorés. David John se figea net tandis qu’Evvie et Charla poussaient un hurlement de joie. - Ramsès ! s’écria Nefret ravie. Qu’il est mignon ! - Un chien ? dis-je du haut des marches d’un ton posé. - Cré… – mais enfin, les garçons, où diable étiez-vous passés ? beugla Emerson par dessus le brouhaha ambiant. - Tiens, dit Ramsès en tendant le chiot à son fils. C’est pour toi. Le dos raidi par l’émotion, David John saisit la petite bête qui comprit aussitôt son rôle et se mit à lui lécher énergiquement le visage. Bien entendu, les humains de la maisonnée n’avait pas été les seuls à accueillir les arrivants. Le Grand Chat de Ré était là lui aussi. Dès qu’il repéra l’intrus, il arqua le dos, gonfla son pelage rayé et, d’un pas souple et menaçant, s’approcha de David John et du nouveau-venu. Mon Dieu, songeai-je avec effroi, nous voilà bons pour une nouvelle querelle animalière. Je ne me souvenais que trop bien de la façon dont le chat avait accueilli l’arrivée d’Amira autrefois à Louxor. - Comment s’appelle-t-il, Papa ? demanda David John. - Cairn. Lorsque le Grand Chat de Ré atteignit le bas des marches, David John eut un élan inattendu et posa la petite bête à terre devant lui. Intrigué, le gros félin fit le tour de l’intrus qui jappa un peu plaintivement mais ne montra d’aucune frayeur. Pour faire bon poids, Evvie et Charla déposèrent également devant le chiot chacun des chatons qu’elles tenaient dans les bras. Triphis et Heket étaient trop jeunes pour savoir que chiens et chats avaient parfois des différences comportementales. Elles acceptèrent leur nouveau compagnon avec naturel et, lorsque le chiot s’accroupit, montèrent chacune d’un côté à l’assaut de son dos. Devant l’accueil de sa progéniture, le Grand Chat de Ré conclut sans doute que l’intrus ne présentait aucune menace. Avec une grâce dédaigneuse, il tourna le dos au petit groupe et remonta les marches avant de disparaître dans la maison. - Mais que se passe-t-il donc ? s’écria impatiemment Emerson. Ne restez pas tous plantés là. Entrez, voyons ! Chaque enfant récupéra donc son animal et, tandis que j’embrassais affectueusement David, j’entendis Ramsès parler à son fils. - C’est un terrier d’Ecosse, David John, un petit animal joueur, facétieux et d’une intelligence remarquable d’après le garagiste qui me l’a vendu, disait-il. - Est-ce que Cairn deviendra plus tard aussi grand qu’Amira, Papa ? demanda David John. - Non, répondit Ramsès – et je poussai un soupir soulagé. Il restera de petite taille même adulte. J’ai vu ses parents au garage. Le père n’avait qu’une trentaine de centimètres de haut et pesait environ huit kilos. - Tu sais, David John, dit Nefret en caressant la tête soyeuse du petit chien, Cairn ne connaît pas encore son nouveau foyer. Il va donc te tester pour connaître les limites admises. Fais bien attention de rester ferme avec lui. - Est-ce un chien de garde, Ramsès ? demandai-je en serrant mon fils dans mes bras. - Pas vraiment, Mère, répondit-il. Malgré son aspect un peu rustique, le terrier d’Ecosse est un tendre. Il se montrera probablement bon gardien et nous préviendrait de l’arrivée d’un étranger mais il lui ferait également fête. Ce n’est pas un modèle d’obéissance mais son côté comique et imprévisible amusera certainement les enfants. - Seigneur ! dis-je consternée tandis que Nefret éclatait de rire. Une fois les arrivants restaurés et rafraîchis, l’animation retomba et les enfants acceptèrent de rester un moment à l’extérieur tandis que nous nous regroupions au salon afin d’échanger les dernières nouvelles. Ramsès nous fit un condensé rapide de leur séjour à Londres. Assis à côté de Lia dont il tenait la main, David l’écouta avec un léger sourire, émettant parfois un commentaire pour préciser un point de détail. - Bon, commenta ensuite Emerson qui avait écouté avec une impatience grandissante. En bref, vous n’avez rien découvert du tout. C’était bien la peine de rester aussi longtemps ! - Ce pessimisme ne vous ressemble guère, Emerson, dis-je sévèrement. Je dirais plutôt que certaines hypothèses ont pu êtres éliminées, comme par exemple tout réseau relié aux revendeurs habituels. Ramsès et David ont vérifié à Londres, mais c’est sans doute la même chose au Caire ou à New-York puisque ni Cyrus ni Sethos n’ont rien trouvé non plus. Cela ne m’étonne pas d’ailleurs. Comme je vous l’ai déjà dit, il est évident que celui qui a monté cette escroquerie procédait plutôt par ventes privées. C’est beaucoup plus discret. - J’y ai pensé aussi, Mère, admit Ramsès en me jetant un regard approbateur. Il est plus sûr de contacter directement une telle clientèle – riche et peu scrupuleuse. - Bah, grogna Emerson, tous les collectionneurs se valent. - Dans ce cas, demanda Nefret, pourquoi Cyrus Vandergelt n’a-t-il pas déjà été contacté ? - Son amitié vis à vis nous est trop connue, dis-je en réfléchissant. Et je le crois plus scrupuleux que ce que prétend Emerson. - Vous oubliez le point principal, ma chère, ricana Emerson. Ces antiquités sont fausses. Vandergelt est un vieux renard qui demanderait sans nul doute une seconde expertise avant d’acquérir une pièce d’origine douteuse à un tel prix. - C’est exact, admis-je. La clientèle du faussaire se rétrécit alors : des collectionneurs riches, peu scrupuleux – et naïfs. - Ne trouvez-vous pas que sir Malcolm correspond à ce client idéal ? dit David. Après tout, il se trouvait chez l’un des revendeurs que nous avons visités. - Etiez-vous déguisé, Ramsès ? demandai-je. - Non, Mère. Nous avions déjà abandonné notre première idée et nous ne repassions que par hasard. Sir Malcolm m’a reconnu – et je dois dire qu’il n’a pas été très satisfait de me voir. - Quand je pense que nous avions arrêté cette crapule en flagrant délit et qu’Aziz n’a même pas été foutu de le garder en prison, explosa Emerson. Quel incapable ! - Vous êtes injuste, Père, s’exclama Nefret qui avait un petit faible pour le policier Egyptien. La remise en liberté de sir Malcolm n’a rien à voir avec les capacités professionnelles de l’inspecteur Aziz, et vous le savez parfaitement. Des autorités supérieures ont pesé sur lui afin d’obtenir la remise en liberté de sir Malcolm. - Vous avez raison, ma chérie, dis-je. Au moins, ce triste sire a été publiquement humilié et c’est une leçon qu’il n’oubliera pas de sitôt. Je ne crois pas qu’il osera se remontrer en Egypte de sitôt. - Je ne vois pas comment on peut réellement parler de l’autonomie du gouvernement égyptien si la police n’est pas libre de garder des criminels en prison, objecta Nefret. - Lorsqu’il s’agit des intérêts économiques et politiques, la simple justice passe bien après, dit David un peu sèchement. - Avez-vous pu tirer quelque chose de ce pantin de Montague ? demanda Emerson que les intrigues – politiques ou autres – ne passionnaient guère. - Non, dit Ramsès en souriant. Il nous a à peine adressé la parole. Il sortait cependant de chez un revendeur et avait demandé après des objets en provenance d’Egypte. - Pourquoi n’a-t-il pas été contacté par le faussaire ? dis-je. - Peabody, grogna Emerson, vous semblez considérer que votre théorie fumeuse est définitivement vérifiée. Ce n’est pas le cas, je vous le rappelle. Bon, laissons tomber les revendeurs et passons plutôt à Carter. Vous dites que vous n’avez rien découvert non plus à Highclere ? - Comme je vous l’ai déjà dit, Père, ni lady Carnarvon, ni sa fille n’ont accepté de nous recevoir. Cela m’a un peu étonné je l’avoue, même après notre – hum – malentendu avec le défunt lord. Cependant, David et moi avons passé quelques jours à l’auberge et les villageois nous ont signalé que les dames du château sortaient très peu. Pourtant, une voiture fermée passe de temps sur la route en temps en direction de Londres. - Je m’inquiète aussi du sort d’O’Connell, où a-t-il pu disparaître ? - Ramsès prétendait qu’il s’était peut-être introduit dans le château déguisé en domestique, dit David en riant. - Ah, comme Margaret autrefois. Cette fille ne manquait pas de culot. Hum – vous auriez pu aussi tenter cela, Ramsès. - Je ne suis pas certain que mes talents aillent jusqu’au service de table, Mère, dit Ramsès impassible – mais je vis qu’il était amusé. Par contre, en quittant Highclere, nous avons croisé une autre vieille connaissance : Sir William Portmanteau. - Sir William est un financier, dis-je pensivement. S’il s’est rendu à Highclere c’est qu’il y avait un but précis. Mais lequel ? - Je me contrefiche de ce vieux fou ! s’exclama Emerson furieux. Il doit simplement courtiser la mère – ou la fille. Aucun intérêt. Je veux savoir où est passé ce faquin de Carter ! - Nous n’avons eu aucun écho de son éventuelle présence sur place, admit Ramsès. Il doit donc être en Amérique. - Il faudrait que Sethos nous réponde sur ce point dis-je. Pour ce qui est de sir William, peut-être ne cherche-t-il en effet qu’à mettre la main sur les avoir de la veuve de Carnarvon. - J’ai pensé à autre chose, continua Ramsès d’une voix contrainte. Vu la folie qui s’est créée autour de Toutankhamon ces derniers mois, ce trafic de fausses antiquités est certainement fructueux. David disait récemment que les nationalistes avaient envisagés un moment de réellement mettre en vente le trésor pour rembourser la dette extérieure nationale. J’ai donc envisagé que certains acharnés aient pu s’accrocher à l’idée et initialisé ce trafic pour financer la lutte nationaliste en Egypte. - C’est une hypothèse osée mais intéressante, dit Emerson les sourcils froncés. Inquiétante aussi. Il y aurait d’autres retombées au niveau archéologique. Cela pourrait compromettre Carter et, vu son statut actuel, l’éliminer définitivement de la tombe. - Nous voici donc avec deux optiques diamétralement opposées, dis-je d’un ton animé. Vu que le faussaire a obligatoirement eu accès à certains objets contenus dans la tombe, c’est soit un des archéologues du groupe de Carnarvon, soit un Egyptien du gouvernement. Dans le premier cas, le trafic a été monté pour rembourser – si je puis dire – lesdits archéologues d’avoir été spoliés du contenu de la tombe, dans le second cas, le trafic vise au contraire à les éliminer définitivement de la scène. - Vous avez simplifié les choses à l’extrême, ma chérie, dit Emerson, mais j’avoue que votre schéma me plait. - Bravo, tante Amelia ! dit Lia. .../...
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