20.11.2008
Absence momentanée
Désolée... la suite lundi prochain.
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18.11.2008
chapitre 3 - d
Une momie maudite qui aurait provoqué le naufrage du Titanic ? La crédulité des Américains me consternait mais je devais avouer, à mon grand regret, que les Britanniques n’étaient pas en reste. Une femme prétendait avoir été visitée durant son sommeil par la momie de Toutankhamon et un long article du Daily Yell – signé Jason Anderson – détaillait les élucubrations de cette malheureuse. Je repoussai le journal avec un geste de mépris. Je n’avais pas besoin d’en lire davantage. Si ce journaleux en était réduit à de telles extrémités, il ne devait pas y avoir de nouveau cadavre. C’était décevant pour mon enquête mais d’un autre côté le point était plutôt rassurant.
Je me trouvais seule dans le salon à écouter un disque que David et Lia m’avaient offert la veille au soir à leur arrivée, un opéra du compositeur italien Giovacchino Antonio Rossini, le Barbiere di Siviglia. Les riches sonorités de la langue de Dante ne m’étaient pas inconnues. J’avais appris l’italien au cours de ma jeunesse studieuse auprès de mon père et, après son décès, j’avais espéré pouvoir utiliser ce don durant mon voyage autour du monde. En réalité, je n’avais visité que Rome, où j’avais sauvé une jeune Anglaise en détresse, Evelyn Forbes. Ensemble, nous étions partie pour l’Egypte où nous avions rencontré notre destin… Soudain la nostalgie m’envahit, et j’éteignis le gramophone.
Manuscrit H
- Tu as l’air fatigué, remarqua Ramsès en regardant David.
- Les dernières semaines ont été plutôt agitées, avoua son ami en frottant ses yeux las. Et puis voyager avec Evvie n’est pas une sinécure. Elle a vraiment de l’énergie à revendre. J’espère que Charla s’entendra avec elle.
- Oh, dit Ramsès avec un sourire, ma fille est assez spéciale, elle aussi. Tu as entendu la façon dont les jumeaux ont récupéré leur scarabée, n’est-ce pas ? Mère dirait que, à travers nos enfants, nous payons pour nos anciens péchés – qu’en penses-tu ?
- Je paye davantage avec mes quatre enfants, gémit David en faisant une grimace comique. Dolly est un garçon tranquille – mais je sais que la vie n’est pas facile pour lui à Winchester College. Il est à moitié Egyptien, alors tu imagines ! Mais il y a des compensations – il a un véritable don en mathématique.
- Père prétend que Dolly est déjà inscrit à Cambridge pour étudier les mathématiques au Trinity College.
- Oui, dit David. C’est une idée de l’oncle Walter.
- Il a ses raisons, dit Ramsès. L’intelligence de ton fils est remarquable et doit être encouragée. Et les deux derniers ?
- Ils sont restés avec leurs grands parents, bien que Lia soit réticente à les abandonner trop longtemps. Ne sommes-nous pas devenus terriblement domestiqués ?
- Le temps passe, dit Ramsès, tout change.
- Après la guerre, remarqua David d’une voix étrangement unie, je ne souhaitais rien de plus que vivre en paix avec Lia, élever nos enfants, pouvoir peindre et sculpter en toute liberté. J’ai obtenu tout cela. Et pourtant –
- Et pourtant l’Egypte te manque, compléta Ramsès en hochant la tête. Je comprends. Elle ne manque aussi.
- C’est plus compliqué que cela, avoua David Le nationalisme n’a pas apporté à mon pays l’épanouissement que j’en attendais. Rien n’a vraiment changé.
- Si, contra Ramsès, tout change mais parfois de façon insidieuse. Et surtout quand il s’agit des mentalités. Nous vivons des temps curieux – et quelque peu insouciants. Je crains que l’avenir ne soit bien plus sombre. Les Allemands ont été vaincus mais la signature du traité de Versailles leur a imposé de trop lourdes réparations de guerre en faveur de la France. Les sommes sont si astronomiques que le gouvernement du Reich a organisé il y a trois ans sa propre banqueroute pour se soustraire aux premiers remboursements. Depuis l’an passé, la France occupe la Ruhr pour priver l’Allemagne de charbon.
- L’Angleterre n’a-t-elle pas condamné l’occupation française ? demanda David.
- Tout est si hypocrite, soupira Ramsès. Le gouvernement ne critique pas vraiment le but, mais plutôt les moyens utilisés par les Français – car le chômage britannique y serait lié. Et nos dirigeants ne perdent pas de vue leur propre intérêt. Actuellement, en s’inspirant du plan Dawes des Américains, ils proposent à l’Allemagne de lui prêter des capitaux américains, de diminuer sa dette, d’échelonner les remboursements.
- Ils ont aussi proposé des remboursements indirects par des hypothèques sur leurs industries et chemins de fer, dit David. Tu crois que les Allemands vont accepter ?
- Ils n’auront pas d’autre choix, mais imagine un peu quelles rancœurs nous allons ainsi créer. L’avenir m’inquiète.
- Tu es bien pessimiste, dit David en regardant son ami avec des yeux surpris. D’après ce que j’en ai vu, les Français vivent leurs ‘années folles’ sans de telles arrière-pensées. L’esprit du temps est à la liberté. Même si tante Amelia a été une pionnière de l’émancipation féminine, la femme moderne connaît l’ivresse de conduire une automobile, la liberté de se couper les cheveux, de se maquiller, de fumer en public.
- Une génération éprise de mouvement, de vitesse et de frénésie, dit Ramsès en se passant la main dans les cheveux. A mon avis, tout cela finira en catastrophe. Et je ne suis pas le seul à le penser. L’oncle Sethos disait dans l’une de ses dernières lettres que les années à venir vont être glorieuses mais qu’il faut en profiter vite.
- Où est-il actuellement ? demanda David avec un sourire, connaissant les sentiments ambivalents que son ami portait aux douteuses pratiques de son oncle.
- A New-York, répondit Ramsès sans s’étendre.
- Que penses-tu de cette histoire de faux scarabées ? demanda David pour changer de sujet.
- Pour moi, ils tombent à point pour distraire l’attention de mes parents, avoua Ramsès avec un soupir. Père devient fou à l’idée d’être coincé en Angleterre loin de la tombe de Toutankhamon – même si elle a été refermée – et Mère broie du noir dès qu’on évoque devant elle le temps qui passe. Même Abdullah en rêve lui a parlé de ses cheveux blancs !
- Oh, s’exclama David choqué, Jamais mon grand-père il ne ferait quelque chose d’aussi indélicat.
- Je plaisantais, dit Ramsès avec un sourire. Pourquoi n’irions-nous pas tous les deux à Londres poser quelques questions ? Crois-tu que tu pourrais convaincre Lia de te laisser filer ?
- Et toi Nefret ? rétorqua David les yeux brillants.
- Ce n’est pas elle qui m’inquiète, avoua Ramsès. Ce sera Mère le vrai problème.
Les garçons – quel que soit leur âge, ils seraient toujours « les garçons » pour moi – étaient partis depuis deux jours, aussi heureux que deux écoliers en vadrouille. Nefret et Lia semblaient satisfaites d’avoir entre elles de longs conciliabules...
21:54 Publié dans L'OR MAUDIT DE PHARAON | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.11.2008
chapitre 3 - c
En jurant comme un charretier, Emerson se releva d’un bond pour arracher l’objet de la main de David. Il le mit en pleine lumière et nous remarquâmes tous en même temps que l’anneau était quelque peu différent de celui que nous avions déjà trouvé. Les petites pattes griffues de l’insecte s’étalaient vides sur l’anneau d’or, sans le globe rouge symbolisant le soleil – mais je ne voyais pas vraiment où cette observation nous menait.
- D’où tenez-vous cela, David ? demanda Emerson.
- Je l’ai acheté à Paris, répondit David. C’est un faux, comme vous l’avez certainement remarqué, mais c’est du travail soigné. C’est le serviteur égyptien de feu le professeur Lafleur qui me l’a vendu. Nous – hum… nous nous connaissions autrefois.
- Comment l’a-t-il obtenu ? demanda Emerson en ne relevant pas la gêne manifeste de David – qui n’aimait pas se souvenir qu’il avait dans sa jeunesse travaillé auprès du plus fameux faussaire de Louxor.
- Il l’a volé, répondit David sereinement, après l’avoir trouvé dans les affaires de son maître après son décès. Croyant que celui-ci avait été frappé par la malédiction, je présume qu’il a préféré se débarrasser de cet encombrant objet, sans pour autant perdre l’occasion d’en tirer profit.
- Pourquoi ne l’a-t-il pas vendu à un collectionneur quelconque ?
- Il aurait dû dans ce cas en expliquer la provenance, professeur.
Sur un signe de son père, Ramsès se leva et sortit un moment, avant de revenir en rapportant le scarabée que nous avions trouvé dans la roseraie. David l’examina avec attention tandis qu’Emerson lui expliquait brièvement les tenants et aboutissants de notre découverte.
- Celui-ci est plus raffiné, s’exclama enfin David. Mais c’est le même signe et le même cartouche. Que c’est curieux !
- Le scarabée symbolise le soleil levant, rappela Emerson en arpentant nerveusement la pièce, les mains dans le dos Il s’agit aussi du motif le plus répandu dans l’orfèvrerie antique. Après le tintouin qu’a provoqué la découverte de la tombe, de faux bijoux de Toutankhamon doivent se vendre facilement.
- Ils utilisent de l’or, de l’ambre et des lapis-lazuli, remarqua Ramsès. Et le style correspond effectivement à la XVIIIe dynastie. Ce n’est pas du travail d’amateur.
- Pourquoi se compliquent-ils la tâche avec des modèles différents ? demandai-je.
- Sans doute pour éviter de noyer le marché, grommela Emerson. Ce type d’anneaux servait d’amulette. Le mot dérive de l’arabe hamalet qui signifie porter et désignait tout objet que les nobles et les pharaons portaient sur leurs corps, aussi bien de leur vivant qu’après leur mort, afin de bénéficier de leur pouvoir et de leur protection. Une momie royale pouvait receler plus de deux cents amulettes et bijoux.
- Mais pourquoi choisir un si horrible insecte ? demanda Lia d’un ton dégouté.
- Horrible ? s’exclama Emerson surpris. Quelle idée ! Kheper, le scarabée, était un animal sacré qui symbolisait le renouveau, et donc le devenir d’une vie nouvelle –
- D’ailleurs son nom est un mélange de kheper – advenir – et de khepri – soleil, indiqua Ramsès.
- Merci, coupa Emerson en jetant un œil noir à celui qui l’avait interrompu. Les anciens Egyptiens associaient effectivement le scarabée aux forces génératrices du soleil et voyaient en lui un symbole d’immortalité. Les pharaons pensaient que le scarabée mâle s’autofécondait, d’où l’idée d’une perpétuelle renaissance. Ils croyaient aussi que le fait d’écraser un scarabée apportait un grand malheur. L’amulette dite « scarabée du cœur » était taillée en jaspe ou tout autre pierre verte, couleur de la renaissance, et posée sur la poitrine des momies. Les scarabées montés en bague ou en pendentif sont plutôt, comme ceux-ci, en lapis-lazuli ou en pâte de verre émaillé.
- Si nous avons deux de ces scarabées, dis-je pour couper les explications égyptologiques d’Emerson et le recentrer sur le sujet, il doit y en avoir des centaines qui circulent. Il nous faut aller enquêter à Londres comme nous l’avions décidé.
Curieusement, sur ces paroles sensées, la discussion dégénéra aussitôt pour savoir qui irait et qui resterait. Vu l’heure tardive, je décidai donc de clore la séance afin de calmer les esprits. Il me fallut plusieurs minutes avant de ramener le calme.
Je retins cependant David avant qu’il ne suive son épouse au premier :
- Mon cher garçon, demandai-je. Pourquoi avez-vous dit tout à l’heure que Kevin O’Connell s’était rendu à Highclere pour y rencontrer Howard Carter ? Comment pouvez-vous le savoir ?
- Je l’ai rencontré à Londres, à la gare de Paddington alors que j’y accompagnais un de mes amis qui partait prendre les eaux à Bath, répondit David sans se faire prier. Mr O’Connell m’a reconnu, salué, et il a indiqué se rendre dans le Berkshire. Quand je lui ai parlé de la malédiction, il a dit vouloir interviewer Carter à Highclere, ainsi que la fille et la veuve de Carnarvon. Pourquoi m’aurait-il menti ?
- Je ne sais pas dis-je, mais Kevin va être déçu car Howard est actuellement à New-York – du moins à ce que j’en sais, ajoutai-je songeuse tout en souhaitant bonne nuit à David.
Lettre Collection M
Chère Amelia
J’ai bien reçu votre télégramme qui demandait des précisions concernant Thomas. Je comprends que la nouvelle vous ait surprise. A dire vrai, elle m’a surpris aussi. Je ne pensais pas avoir l’instinct maternel. Comme je vous l’ai indiqué, j’ai rencontré Thomas en voulant écrire une série d’articles sur les Onontagé, et l’évolution de leurs droits depuis le vote par le Congrès de l’ Indian Citizenship Act. Je rencontre beaucoup de difficultés pour obtenir des renseignements. La façon dont les autorités d’ici entendent la liberté de la presse laisse énormément à désirer – mais ceci est un autre sujet.
Thomas était gravement malade la première fois où je l’ai vu – fièvre accablante et respiration sifflante, une pneumonie d’après les médecins. Je n’avais pas Nefret sous la main, ni des assassins aux trousses, mais la situation m’a bien entendu rappelé mon inoubliable aventure à Louxor avec Seth et votre famille. Peut-être souffre-je d’un complexe de Florence Nightingale ? Quoi qu’il en soit, il m’a été impossible d’abandonner cet orphelin, et je suis restée près de lui durant toute la durée de ses soins. Je ne sais pas exactement pourquoi Seth a accepté que nous l’adoptions. Peut-être a-t-il lui aussi des raisons personnelles et difficilement discernables ? Ils s’entendent bien. D’ailleurs ils se ressemblent – physiquement déjà mais surtout dans l’expression et la façon d’être…
On parle beaucoup de Toutankhamon par ici, il y a au Met des conférences et des expositions sur les objets découverts dans la tombe. Je vais me rendre à l’une d’elles prochainement. La prétendue malédiction attire les foules avides de sensations. Les journalistes d’ici ont une imagination délirante et prétendent que le naufrage du RMS (Royal Mail Steamer) Titanic il y a treize ans mettait déjà en cause une momie maudite. Il paraîtrait que, en sus de ses 2500 passagers, l’ex géant des mers transportait de l’or, des diamants et… la momie d’une voyante du règne d’Aménophis IV qui possédait encore toutes ses amulette. L’une d’entre elles, sous l’effigie du dieu Osiris, portait l’inscription fatidique : « Réveille-toi du sommeil dans lequel tu es plongée. Le regard de tes yeux triomphera de tout ce qui est entrepris contre toi. » C’est très curieux n’est-ce pas ?...
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