26.03.2009
chapitre 7 - e
Emerson était si furieux de n’avoir pas pu interroger Kevin qu’il ne cessa de me le reprocher et de condamner ma procrastination jusqu’à ce que nous nous couchions. Il s’avéra malheureusement qu’il avait eu raison. Dès le lendemain, je regrettai moi aussi d’avoir administré du laudanum à notre pauvre ami Irlandais.
Le télégramme nous fut délivré avant le petit déjeuner :
« Impossible vous joindre par téléphone. Sennia disparue. Recherches infructueuses. Prière rentrer immédiatement. »
Nous quittâmes le cottage moins d’une heure après.
Manuscrit H
En pénétrant dans l’entrée déserte, Ramsès s’arrêta pour écouter. Rien. Depuis la veille, un silence profond et catastrophé s’était répandu sur la maisonnée, après qu’une jeune bonne affolée ait découvert vide le lit de Sennia en lui apportant sa première tasse de thé matinale. Bien que parfaitement remise de son opération, Sennia était devenue morose au cours des derniers jours et Ramsès se reprochait amèrement de n’avoir pas davantage prêté attention à sa petite sœur adoptive. Il aurait dû savoir – se souvenir du moins – que seize ans était un âge fragile et donc risqué, émotionnellement parlant. D’ailleurs, même avant son appendicite, Sennia semblait déjà anormalement préoccupée et Mère l’avait signalé à plusieurs reprises. A la suite de ses remarques, Ramsès en avait parlé une fois avec Nefret. Son épouse, de nature romantique, avait évoqué une mésaventure amoureuse de la jeune fille. Ramsès avait repoussé cette idée comme absurde, mais il y repensait désormais avec un effroi mêlé d’amertume.
Des pas légers retentirent dans le grand escalier et il releva la tête, regardant Nefret descendre. Elle s’approcha, les yeux tristes, et se serra contre lui, collant son visage contre sa poitrine.
- Comment vas-tu ? demanda-t-elle.
D’autres pas, plus lourds, s’annoncèrent et Ramsès se raidit. Il n’était pas dans sa nature d’être démonstratif en public. Nefret sentit sa tension et s’écarta, acceptant et comprenant son refus de répondre.
- Des nouvelles ? demanda David dès qu’il les vit.
- Pas vraiment, répondit Ramsès d’une voix tendue. Len général, les gens du village n’ont rien vu mais Stephen Briggs affirme avoir entendu une voiture passer – assez tard dans la nuit.
- Stephen ? répéta Nefret. C’est bien le fils de l’aubergiste, n’est-ce pas ? Où était cette voiture exactement ? Quelle heure était-il ? Etait-ce si tard que cela ? D’ailleurs – ce Stephen – et que faisait-il lui-même dehors à une telle heure ?
- Laisse à Ramsès le temps de te répondre, Nefret, remarqua doucement David.
- Le jeune Briggs travaille tard à l’auberge, répondit Ramsès sans se détendre. Et puis, comme il est toujours amoureux de Maggie Clerkenwell, il cherche à la voir le plus souvent possible. Il allait justement chez elle quand il a entendu passer la voiture en question. Elle pouvait parfaitement venir du fond du parc.
- Maggie – oui, c’est exact, soupira Nefret qui paraissait quelque peu soulagée. Je me demandais juste s’il pouvait y avoir… – après tout, ce garçon semble apprécier les filles très jeunes et…
- Mon Dieu, Nefret! s’exclama David horrifié. Tu insinues bien ce que j’ai cru comprendre ? Comment peux-tu penser que Sennia –Ce n’est pas possible ! affirma-t-il le visage empourpré.
- Stephen n’est certainement pas celui qui a attiré Sennia, affirma Ramsès en fixant son ami d’un regard opaque.
- C’est vrai, dit Nefret en continuant le raisonnement de son mari. Stephen s’occupe déjà d’une jeune fille consentante, pourquoi en chercherait-il une autre ? De plus, il n’a jamais eu la moindre possibilité de rencontrer Sennia.
- Et je te rappelle que Sennia n’a pas été enlevée, David, continua Ramsès d’une voix dure. Elle est sortie volontairement de sa chambre en pleine nuit pour rencontrer son – disons son rendez-vous dans le parc, près de la pyramide. Au vu des circonstances, il est assez logique de présumer qu’elle est allée au devant d’un homme.
- Mais vous connaissez bien Sennia, voyons, protesta David –d’un ton un peu moins affirmatif. Ce n’est encore qu’une enfant !
- Elle a seize ans, dit Ramsès, et elle est à moitié Egyptienne. Selon ces critères, c’est une femme en âge d’être mariée.
- Ce n’est pas la seule, souligna Nefret. Après tout, Maggie n’est pas égyptienne et pourtant elle aussi a déjà un amoureux.
- Où Sennia aurait-elle rencontré ce prétendu amoureux ? demanda David.
- C’est le premier point qu’il nous faut déterminer, admit Ramsès. Mais j’aimerais aussi savoir comment la rencontre nocturne a pu être organisée. Il y a forcément eu des échanges de courrier.
- Nous avons déjà interrogé tous les domestiques à ce sujet, dit Nefret. Personne n’a rien vu, ni rien entendu.
- L’un d’entre eux ment.
- Encore ! Mère affirmait déjà que l’un des domestiques était à la solde de nos mystérieux revendeurs de fausses antiquités. Crois-tu vraiment possible que la maison soit infectée de traitres ? C’est absurde voyons ! Nous les connaissons tous depuis des années.
- Pas tous, contra Ramsès. A la suite de ses récents soupçons, Mère a justement établi une petite liste des nouveaux arrivés. Il serait intéressant de pouvoir remettre la main dessus.
- A ce propos, as-tu enfin pu prévenir tes parents en passant au village? demanda David.
- Oui, je leur ai envoyé un télégramme. Le téléphone ne toujours fonctionne pas.
- Encore !
- Comment cela, « encore » ? Que veux-tu dire ?
- Nous avions déjà eu des ennuis avec le téléphone lorsque que vous étiez arrêtés David et toi à une auberge en revenant de Highclere – lorsque votre voiture était en panne. Je trouve juste la coïncidence curieuse.
- Tu crois que notre ligne serait détraquée volontairement ? C’est une idée à creuser, admit Ramsès le front plissé, mais ce n’est pas une priorité. Je pense que Père et Mère arriveront ce soir. Ils ont dû sauter dans la voiture dès réception de mon télégramme.
- Je pense à quelque chose, remarqua alors David. Tu as dit que tante Amelia a déjà établi une liste de suspects parmi les domestiques et pense que l’un d’eux renseigne d’éventuels ennemis. Et s’il s’agissait du même traître ? Et si l’enlèvement de Sennia était une nouvelle forme de vengeance ?
- Sauf que Sennia n’a pas été enlevée, répéta Ramsès. Elle est partie de son plein gré.
- Elle a pu être abusée, s’écria Nefret les yeux brillants. Si, d’une façon ou d’une autre, quelqu’un a réussi à lui faire croire qu’elle pouvait aider la famille à démêler le cas des faux scarabées, elle se sera précipitée dans un piège sans même réfléchir.
- C’est certainement ce que toi tu aurais fait – au même âge en tout cas, admit Ramsès mais son visage s’était quelque peu détendu.
Roman de la momie maudite
La sirène hurla et jeta sur l’eau son cri enivré d’espace…Le navire se sépara doucement du quai alors qu’un brouillard épais s’enroulait comme une écharpe de soie. La forme sombre qui se tenait à la proue émit un ricanement sourd et se mit lentement en marche.
Myrdhin soupira. Ecrire des romans gothiques était plus difficile que prévu. Sa momie était maintenant en partance pour le Nouveau Monde mais le navire d’ores et déjà maudit n’atteindrait pas son but. Une momie n’avait-elle pas déjà causé le naufrage du Titanic ? Myrdhin pensa que, vu que la plupart des spécialistes avait attribué l’accident à un iceberg, il était libre d’utiliser cette nouvelle optique.
La maison était très calme depuis l’affolement de la veille. Esméralda avait disparu. C’était extrêmement curieux et il regrettait que ses parents aient refusé qu’il puisse participer aux recherches. Lui, Ashara et Morgane avaient même été fermement consignés à l’intérieur. Les deux filles venaient de descendre goûter mais lui-même avait préféré rester tranquille. Il n’avait pas très faim. Les affres de la création artistique sans nul doute. Il préférait s’en tenir à cette idée. La culpabilité qu’il ressentait était certainement sans fondement.
Myrdhin soupira une nouvelle fois. Même son chien l’avait abandonné. Le petit terrier commençait à reconnaître certains des signaux qui régentaient son nouveau foyer et manifestement le mot « goûter » était l’un des plus intéressants. Myrdhin eut un sourire en pensant à son petit compagnon à fourrure. Son père avait évoqué les bienfaits d’une éducation bien pensée mais lui-même préférait le chiot libre de toute contrainte. Après tout, la liberté était un cadeau que les adultes refusaient bien trop souvent tant aux enfants qu’aux animaux. Il se rappela soudain avoir entendu dire que ses grands-parents allaient rentrer. Il soupira encore. Il les aimait beaucoup mais sa grand-mère avait la contrariante habitude de deviner immédiatement ce qui n’allait pas. Allait-elle encore appliquer à son sujet ce don déplorable ? C’était probable. Il allait bel et bien se retrouver dans les ennuis jusqu’au cou et il n’avait pas la moindre idée pour s’en sortir. Avouer était bien entendu hors de question. Cette seule évocation lui tournait quelque peu le cœur. Il n’avait pas très faim depuis quelque temps.
Il se sentait tendu, nerveux. Un choc sourd à la fenêtre le fit soudain violemment sursauter. Il regarda par dessus son épaule et ne vit rien. Il écouta un moment, puis la curiosité fut la plus forte et il s’approcha lentement de la fenêtre. Le battant était fermé et sa chambre était située au second étage. Personne ne pouvait monter jusque-là. Quelqu’un jetait-il des cailloux depuis le jardin pour attirer son attention ? Myrdhin colla le nez au carreau et ne vit rien. Il hésita un moment puis actionna lentement le battant. Un gros oiseau noir et blanc qui s’était tenu sur le rebord déploya soudain ses ailes et s’envola dans une cacophonie furieuse. Myrdhin se pencha. Il n’y avait personne en bas mais des miettes de pain restaient sur le rebord sur sa gauche, devant la fenêtre de sa sœur. L’oiseau avait dû heurter le carreau tandis qu’il picorait les miettes laissées par Ashara. Elle voulait absolument apprivoiser un oiseau. Aux yeux de Myrdhin, l’entreprise paraissait hasardeuse. Il referma les battants et peu après, il était retombé dans sa sombre méditation.
14:28 Publié dans L'OR MAUDIT DE PHARAON | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





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