05.02.2009
chapitre 7 - a
Chapitre 7
Après neuf ans d’un règne sans gloire, Toutankhamon mourut à l'âge de 18 ans, peut-être assassiné, vers 1344 avant notre ère.
Mr William Wheele était un « vieil ami » d’Emerson qui habitait à Newbury, dans le Berkshire. Je savais depuis toujours qu’il y avait fort peu d’endroits au Moyen Orient où Emerson n’avait pas de « vieil ami », aussi je ne m’étonnai guère que cette curieuse disposition s’étende aussi à l’Angleterre.
- Je ne connaissais pas Mr Wheele, Emerson, dis-je cependant. Vous ne m’en avez jamais parlé.
- Je l’ai rencontré bien avant de vous rencontrer, ma chère, dit-il en secouant sa pipe d’une main tout en tenant le volant de l’autre – tandis que je surveillais la route d’un œil inquiet. Lorsque j’ai quitté l’Angleterre après avoir rompu toute relation avec ma mère – très peu de temps après avoir vu Sethos pour la première fois, ainsi que je vous l’ai déjà raconté – je n’avais pas un sou vaillant. J’ai rencontré Wheele en arrivant à Alexandrie où j’ai eu l’occasion de – hum – le tirer d’un mauvais pas. Il m’a pris sous son aile. C’était alors un vieux baroudeur et son exemple a grandement facilité mon adaptation en Egypte.
- Mon Dieu, Emerson, mais quel âge a-t-il donc maintenant ?
- Il n’était que de dix ans mon aîné, répondit Emerson qui m’aspergea de cendres en agitant une main négligente devant ma protestation. Je suis resté plusieurs mois avec lui, puis il a eu un sale accident – un rocher lui a écrasé la jambe. Elle a dû être amputée. Heureusement pour lui, il venait juste de faire un petit héritage, aussi a-t-il pu se retirer ici-même, à Newbury. Depuis, nous avons correspondu de temps à autre, mais je m’appréciais pas son – hum – épouse. Elle a disparu il y a quelques mois déjà. J’ai écrit à Wheele. Il nous attend.
- Emerson ! m’exclamai-je. Etes-vous en train de prétendre que vous n’avez pas revu ce monsieur depuis plus de quarante ans ? Vous ne pouvez pas espérer ainsi débarquer chez lui et –
- Bien sûr que si ! rugit-il en me coupant la parole. Vous ne comprenez vraiment rien à l’amitié masculine, ma chère Peabody. Wheele sera ravi d’avoir notre compagnie. Et ne vous inquiétez pas, il aura aussi de l’excellent whisky à nous offrir.
Un vieillard infirme doublé d’un ivrogne, voilà notre futur hôte. Fixant Emerson d’un regard étincelant, je restai sans voix car il était trop tard pour protester efficacement. Emerson avait refusé que nous prenions une chambre dans la seule auberge du village d’Highclere, comme l’avaient fait David et Ramsès – « C’est trop en vue » disait-il. J’avais accepté que nous logions plutôt à Newbury, non loin de là. Il y avait certainement des auberges accueillantes dans cette petite ville du Berkshire, mais Emerson avait alors pensé à son « vieil ami ». Malgré mon sinistre pressentiment, je préférai changer de sujet.
- Savez-vous, dis-je, que le Berkshire est l’un des plus anciens comtés d’Angleterre et que sa dénomination remonte au roi Alfred le Grand de Wessex.
- Mais que voulez-vous donc que cela me fasse ? grogna Emerson en soufflant – exprès – un nuage de fumée nauséabonde.
- J’ai entendu dire que le roi comptait l’attribuer en concession à la couronne en tant que comté royal de Berks (nda : ce sera le cas dans les années 1930).
- Cela changera certainement la vie des habitants, ricana Emerson.
- Le nom de Berkshire vient des forêts de bouleaux qui se disaient Bearroc en celtique, et –
- Comptez-vous écrire un guide touristique, Peabody ? aboya Emerson. Vérifiez plutôt notre direction.
Je me tus. Nous arrivions effectivement à Newbury, principale ville à l’ouest du comté, située sur les rives de la rivière Kennet et du canal du même nom qui rejoignait la Tamise. Le centre ville possédait de nombreux bâtiments datant du XVIIe siècle mais le regard menaçant d’Emerson ne me laissa aucune chance de les commenter, encore moins de les visiter. Je ne rappelai pas davantage à mon bouillant époux que le Berkshire fut, à travers notre histoire, le théâtre de nombreuses batailles, d’abord par le fait des campagnes d’Alfred le Grand contre les Danois – notamment à Englesfield, Ashdown et Reading – ensuite, pendant la guerre civile où deux batailles célèbres eurent lieu à Newbury. Cette petite ville charmante n’était qu’à deux heures de Londres et nous y arrivions donc en milieu d’après-midi après avoir traversé une campagne magnifique et verdoyante. Le temps était doux et frais, le ciel légèrement brumeux.
Mr Wheele n’avait rien d’un vieillard infirme. Il s’avéra être un homme sanguin aux allures d’ours, avec d’abondants cheveux blancs et un visage coloré. Son verbe haut me fit penser qu’il devait être légèrement sourd. Son amputation se voyait peu et ce n’est pas elle qui l’empêchait de se déplacer, il était bien plus handicapé par un embonpoint plus qu’imposant. Le vieux domestique à la mine patibulaire qui nous ouvrit la porte nous introduisit ensuite dans un salon surchargé de meubles où les livres s’étalaient absolument partout, en piles plus ou moins solides. Je remarquai aussitôt la poussière qui maculait la moindre surface et eus un frisson d’appréhension. Mr Wheele trônait dans un profond fauteuil dont il eut le plus grand mal à s’extirper à ma vue. Emerson lui tendit une main secourable mais, malgré sa force musculaire, il dut cependant s’y reprendre à deux fois.
Nous fûmes peu après conduits par le même domestique, Anthony Blair, jusqu’à notre chambre, une grande pièce quelque peu sommairement meublée qui donnait sur l’arrière du cottage. Me penchant par la fenêtre, je vis un jardin bien arboré et une pelouse qui allait jusqu’à la rivière. La chambre était propre, aérée et très claire.
- La chambre est propre, aérée et très claire, Emerson, dis-je d’un ton rassuré.
- Vraiment ? dit-il tout en s’essuyant le visage après s’être aspergé d’eau fraîche.
- Mr Wheele ne ressemble pas à ce que j’attendais, dis-je.
.../...
11:10 Publié dans L'OR MAUDIT DE PHARAON | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





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