22.01.2009
chapitre 6 - c
La journée du le lendemain traîna interminablement. Un ciel gris et une pluie fine ne firent rien pour améliorer notre humeur. Le soir, après le dîner, Emerson explosa soudain :
- J’en ai assez ! rugit-il en refusant du geste le whisky soda que lui tendait Ramsès. Il ne se passe absolument rien et ce foutu Morcook fait exprès de traînailler au lit. Peabody, préparez vos valises, nous partons demain à Londres.
- Mais enfin Emerson – commençai-je.
- Je vous assure que Mr Morcook – dit Nefret en même temps
- Que voudriez-vous donc qu’il se passât, Père ? demanda Ramsès avant de s’interrompre pour ne pas couper la parole à sa femme – une délicatesse que je n’avais jamais été capable d’inculquer à Emerson.
David et Lia, comme de coutume, ne s’exprimèrent pas et restèrent assis côte à côte sur le canapé, se tenant la main. Ils avaient le même caractère facile et conciliant, ce qui faisait qu’ils restaient souvent muets durant nos discussions animées.
Il y eut un silence soudain, tandis que toutes les phrases inachevées résonnaient encore dans la pièce.
- Et que voudriez-vous donc qu’il se passât, Emerson ? répétai-je avant que les deux autres ne retrouvent leur souffle.
- Il n’y a même pas eu de nouvel exemplaire de vos poupées vaudou, maugréa Emerson de mauvaise humeur.
- De mes – quoi ?
- Oh ! s’exclama Lia sans prendre conscience du regard fulgurant que je jetai en direction d’Emerson. C’est vrai, tante Amélia, vous avez bien vite oublié ces horribles figurines –
- Je n’ai rien oublié du tout, contredis-je d’un ton pincé. Il se trouve simplement que je ne dispose d’aucun indice à ce sujet. Il s’agit probablement d’une mauvaise plaisanterie
- Ah ! fit Emerson triomphant.
- Et puis aussi, ajoutai-je avec un plaisir pervers, Abdullah ne s’en inquiète pas du tout.
Comme prévu, cette référence à notre vieil ami décédé déplut profondément à mon matérialiste époux qui affirmait ne croire en rien aux sciences occultes ni aux fantômes défunts. Il s’étouffa de façon suspecte, ouvrit la bouche, puis la referma sagement. Je le regardai, les sourcils froncés. Il n’est pas dans les habitudes d’Emerson de refuser l’opportunité d’une joute verbale.
- Mon grand-père ? s’enquit David d’un ton prudent. Hum – auriez-vous récemment rêvé de lui, tante Amelia ?
- C’était avant que vous arriviez, David, dis-je gentiment. Et il ne m’a rien dit de précis, comme de coutume. Il n’est pas revenu depuis lors. Je présume, continuai-je d’un ton pensif, que le temps n’a pas la même valeur dans l’Au-delà.
- Charla était-elle encore agitée ce soir, Nefret ? demanda Lia qui jugeait sans doute prudent de changer de sujet vu la couleur de plus en plus foncée qu’avait prise Emerson. Une piqûre d’abeille peut être dangereuse pour une enfant aussi jeune.
- Elle va mieux, répondit Nefret en souriant, et parle déjà d’aller vérifier si la ruche ne produit pas de miel.
- Seigneur ! m’exclama Emerson consterné mais calmé.
- N’étaient-ce pas les Assyriens qui montraient une dévotion particulière envers les abeilles ? demandai-je.
- Les anciens Egyptiens aussi, affirma Emerson béatement comme chaque fois qu’il peut parler d’égyptologie. La guêpe, l’abeille et le miel étaient désignés par le même hiéroglyphe. **
- Ce signe a varié selon les régions et les époques, précisa Ramsès. Tous les hiéroglyphes ont évolué de trait, de ligne ou de forme selon les périodes dynastiques.
- Il y a un bas-relief avec une abeille dans le temple de Karnak, continua Emerson pensif. L’abeille et le roseau étaient toujours les temples et les tombeaux parce que, dans le protocole royal, ils symbolisaient les deux Egypte unifiées – l’abeille pour la Basse Egypte et le roseau pour la Haute Egypte. Il est cependant curieux que les ruches soient peu représentées. Il y en a une dans la tombe de Zaouet et Meitim – du moins on peut supposer que c’est ce que l’artiste a voulu représenter.
- D’après un papyrus démotique dont j’ai eu connaissance, continua Ramsès, les abeilles faisaient leurs ruches dans les épais fourrés de papyrus, d’où l’association de l’abeille et du roseau pour désigner les deux Egypte.
- Les anciens Egyptiens utilisaient beaucoup de miel que ce soit en pâtisserie, en thérapeutique ou en parfumerie. Les vignerons le mêlaient au vin et les prêtres le présentaient en offrandes à leurs dieux.
- L’une des invocations commence ainsi : « Amon Râ, Seigneur de Karnak, je te lance du miel, l’œil doux d’Horus... »
- Le miel faisait parti des revenus divins et certains fonctionnaires en recevaient un compte annuel, continua Emerson. Dans la tombe de Rekhmara figurent la réception et l’emmagasinement du miel destiné au temple Amon. Une partie très intéressante de la scène semble se rapporter à l’enfumage, un homme debout tient un flambeau devant trois cylindres superposés. Agenouillé près de lui, un autre s’apprête à plonger ses mains dans les cavités devant lesquelles son compagnon présente les flammes. Un second groupe d’employés le pressurent dans de grandes jarres. Le jour de la fête de Thot, on mangeait du miel et un autre jour férié s’appelait « la fête de la vallée où l’on mange du miel ». Aimeriez-vous utiliser des fards au miel pour souligner vos doux yeux d’acier, Peabody, ma chérie ?
Je sursautai devant la pique inattendue. Nefret et Lia se mirent à rire et l’ambiance se détendit nettement.
- Voulez-vous sérieusement partir demain ? demandai-je.
- Certainement ! tonna Emerson. M’avez-vous souvent entendu proférer des assertions que je ne pensais pas ?
- Comment irons-nous à Londres ? En voiture ?
- Voudriez-vous la mienne, professeur ? demanda David.
- Non, mon garçon, décida Emerson. Votre petit bolide ne me semble pas très fiable. Lorsque vous êtes arrivés, vous avez souffert d’une crevaison, et la seconde fois d’une panne.
- La voiture avait été sabotée, Père, intervint Ramsès.
- Comment ? éructa Emerson. Pourquoi diable n’en avez-vous pas parlé ? Comment le savez-vous ? Qui a bien pu –
- Laissez le parler, Emerson, dis-je.
- C’est le garagiste qui m’a vendu Cairn qui a affirmé cela, dit Ramsès calmement. Il y avait du sucre dans le moteur, un moyen simple mais efficace.
- Quand cela a-t-il été accompli ?
- A Highclere probablement, du moins devant l’auberge où nous résidions.
- C’est intéressant, dis-je. La voiture a pu être sabotée par quelqu’un qui n’a pas pu vous parler librement et qui a choisi ce moyen pour vous immobiliser. Mais je présume que personne ne vous a ensuite rejoint sous le couvert de la nuit pour vous fournir quelques informations capitales sur le trafic d’antiquités ?
- Peabody ! s’offusqua Emerson confondu.
- Non, dommage, dis-je. Ce n’était qu’une hypothèse, Emerson. Plutôt qu’aller à Londres, pourquoi ne retournerions-nous pas à Highclere ?
Le lendemain matin, Evans nous apprit que son ami Morcook avait disparu au cours de la nuit.
.../...
16:06 Publié dans L'OR MAUDIT DE PHARAON | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





Ecrire un commentaire