15.01.2009
chapitre 6 - b
Roman de la momie maudite
Magie noire ou magie blanche ? Pour ces hommes frustes à la mentalité pétrie de paganisme, le monde n’était qu’un tissu de forces et d’énergies fondamentales qui faisaient réagir entre eux les vivants, les morts et même les choses inanimées. Par conséquent, on pouvait les influencer et, par l’intermédiaire des mages, tenter de traiter avec eux. A la fois devin, astronome, chimiste ou médecin, le mage était donc respecté autant que consulté.
David John jeta un coup d’œil furtif autour de lui avant de pénétrer dans la chambre d’Esméralda. La jeune fille leva les yeux du livre qu’elle lisait, sourit et le déposa sur la table auprès d’elle.
- Où est Cairn ? demanda-t-elle en voyant que le garçon était seul.
- J’ai dû le laisser avec Ashara et Morrigan, chuchota Myrdhin. Il est bruyant et s’échappe sans arrêt. Je passe l’essentiel de mon temps à lui courir après.
- Pourquoi chuchotes-tu ?
- C’est plus drôle de jouer les conspirateurs, admit en riant Myrdhin d’une voix redevenue normale. D’ailleurs, je ne pense pas qu’on me cherchera. Ils sont tous enfermés dans le salon à discuter pour savoir qui a agressé Robbie dans la roseraie.
- Oh, vraiment ? Et comment le sais-tu ? Tu as écouté aux portes ?
- Pas vraiment, dit le garçon en s’installant sur le lit. Evans ferme toujours très soigneusement la porte du salon, et tu sais bien qu’elle grince quand on l’ouvre. Mon père a une ouïe étonnante, je ne me risquerais pas à tenter une telle chose. En réalité, j’étais simplement dans la bibliothèque dont j’avais entrebâillé la porte avant même qu’ils n’entrent au salon.
- Tu n’as rien appris de nouveau, n’est-ce pas ?
- Non. Ils sont tout contents de savoir que Stephen n’a pas attaqué Robbie, mais c’était l’évidence même.
- Bien entendu, s’écria Esméralda en riant. Les villageois avaient vérifié dès le premier jour. Rose me l’a raconté.
- Il est curieux que ni mes parents ni mes grands-parents n’aient pensé à vérifié auprès des domestiques, dit Myrdhin. Mais ce n’est pas mon propos. Tu veux voir quelque chose ?
Sans attendre la réponse, il sortit de sa poche un rouleau soigneusement noué et l’ouvrit avec précaution. Une esquisse délicate qui reprenait tous les détails des deux scarabées apparut.
- Ils sont très différents, remarqua Esméralda en se penchant sur le dessin.
- Ils ont en commun d’être faux, admit Myrdhin. Mais ils proviennent manifestement de faussaires dont l’un est plus doué que l’autre. Oncle David pense que l’un de ses anciens amis, Ali, le serviteur d’un professeur français, pourrait connaître la provenance de celui qu’il a rapporté.
- Quand as-tu effectué ce dessin, David John ? demanda Esméralda.
- La nuit où oncle David et tante Lia sont arrivés.
- Tu n’as toujours rien appris au sujet du vol de ton scarabée ?
- Non. Je ne comprends pas comment il a pu disparaître de ma chambre.
- Tu l’as peut-être pris toi-même sans t’en rappeler, dit Esméralda. Tu es toujours à te promener la nuit.
- Je suis insomniaque et non pas somnambule, protesta Myrdhin, Et je sais que ce scarabée était encore sous mon oreiller le matin même où Robbie a été attaqué, juste avant que je sorte avec Ashara pour aller à la pyramide.
- Curieux…
- As-tu lu le livre de ton père ? demanda Myrdhin pour changer de sujet.
- Oui, dit la jeune fille d’un ton hésitant, mais cela correspond peu à sa personnalité.
- Tu ne sais rien de la personnalité de ton père, rappela Myrdhin d’une voix neutre.
- Je sais ce qu’il a fait, s’écria vivement la jeune fille. Mon père a aimé une Egyptienne et a sacrifié sa vie pour sa patrie. Je ne pense pas qu’un tel homme ait pu écrire un texte aussi manifestement impérialiste. Mon père avait l’esprit ouvert, aventureux, noble –
- J’ai lu ce texte, admit Myrdhin. Du moins, je l’ai survolé. C’est truffé de clichés n’est-ce pas ?
- J’ai aussi parlé à Rose, dit Esméralda sans répondre.
- A Rose ? s’étonna le garçon. Pourquoi ?
- Elle a connu mon père autrefois. Il a passé un été avec Ramsès et tante Amelia alors que sa propre mère était souffrante. Avec sa sœur – Violet.
- Sennia ! s’exclama David John sidéré. Tu aurais donc une tante et une grand-mère ?
- Pourquoi n’ont-elles jamais pris contact avec moi ? demanda Sennia les yeux pleins de larmes. Pourquoi tante Amelia ne m’a-t-elle jamais parlé d’eux ? David John, crois-tu seulement qu’elles connaissent mon existence ?
***
Lettre Collection M
Chère Amelia
J’ai bien reçu votre lettre. J’ignorais que Seth avait chargé deux hommes à lui de veiller sur vous mais je dois dire que, quelque part, cela ne me surprend guère. Il faut parfois être énergique pour garantir la sécurité de ceux qui vous sont chers, n’est-ce pas ? N’avez-vous pas été jusqu’à me kidnapper à Louxor dans ce même but ? Imaginer la tête que vous-même et le professeur avez dû faire en apprenant le dernier méfait de mon cher époux a été pour moi une douce revanche. Ne m’en veuillez pas.
J’ai aussi interrogé Seth mais il s’est montré très évasif, parlant d’une simple mesure de précaution. Il ne s’exprimerait jamais par courrier sur un point délicat, vous devez bien vous en douter.
Thomas est parfaitement guéri et reste le plus souvent avec Seth. Ils ont ainsi été visiter une propriété dans le Wyoming – un ranch je crois – que Seth envisage d’acheter. Me voyez-vous vivre dans un ranch ? Il est heureux que ma grand-mère, la duchesse douairière de Durham, ne soit plus de ce monde.
Les conférences au Met sont momentanément suspendues mais d’autres sont programmées dans quelques semaines.
Je lisais dans les journaux que deux sociétés de films, la Goldwyn Pictures et la Mayer Company, allaient fusionner pour créer une unique maison de production la Metro-Goldwyn-Mayer - MGM en abrégé. Ils ont choisi un curieux dessin publicitaire avec un lion rugissant encerclé d’une bannière où on peut lire la devise Ars Gratia Artis, « l'art pour l'amour de l'art ». Seth envisage d’acquérir des actions de la MGM. Il prétend que le cinématographe pourrait un jour détrôner les journaux. Je ne vois pas comment il imagine une telle chose !
J’ai reçu un courrier de Cyrus Vandergelt qui annonce avoir reçu une proposition intéressante pour sa demeure de Louxor. Il veut acquérir un nouveau « château » – un vrai cette fois – en Angleterre. Curieux n’est-ce pas que ce soit nous qui émigrions en Amérique et non lui. Je crois que Mrs Vandergelt a eu son mot à dire. Cette femme discrète m’a toujours intriguée. Je suis certaine que vous en savez davantage sur son compte que ce que vous n’avez voulu m’en dire. La réponse de Mr Vandergelt concernait surtout le moyen d’obliger le Congrès à…
***
Charla n’avait pas trop souffert de sa rencontre inopinée avec la ruche, dans le roncier près de la pyramide. J’avais ramené l’enfant affolée à la maison où Lia et moi l’avions déshabillée afin de vérifier qu’elle n’avait pas été piquée. Seule la peur de se trouver au milieu d’abeilles furieuses avait été la cause de son cri. Heureusement. J’avais ordonné pour elle du repos et un verre de lait chaud fortement sucré – avant de m’accorder un whisky soda en attendant le retour de Ramsès et Nefret, Emerson et David. Dans le salon, j’avais aussi mis mon disque sur le gramophone. Emerson n’était pas féru d’opéra et je profitai donc de ma solitude pour satisfaire mon penchant pour la musique. Lorsque Lia me rejoignit, je la remerciai à nouveau pour son cadeau.
- C’est David qui a choisi le Barbiere di Siviglia de Rossini, répondit-elle les yeux brillants. A Paris, lui et moi sommes allés à l’Opéra voir la Tosca de Puccini. C’était magnifique.
- C’était aussi chanté en italien, n’est-ce pas ? demandai-je. Grâce à mon savant de père, je parle et comprends cette langue depuis mon enfance.
- Oui, je sais, tante Amelia, dit Lia en riant. Maman nous a souvent raconté votre première rencontre avec elle, à Rome, et comment vous lui aviez sauvé la vie. Je me souviens que nous riions en vous imaginant marchander avec les marchands italiens et le petit guide qui vous suivait partout.
- C’était il y a bien longtemps, dis-je alors que Nefret entrait.
.../...
15:55 Publié dans L'OR MAUDIT DE PHARAON | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





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