13.01.2009
chapitre 6 - a
Chapitre 6
Dans une dynastie de grands rois aux monuments funéraires sublimes, Toutankhamon n’était en réalité qu’une ombre sans gloire…
Manuscrit H
Ramsès ne regrettait pas de ne pas être parti à la taverne avec David. Il savait que son père n’aurait pas accepté d’être laissé en arrière une fois de plus. Emerson avait aussi l’intention de retourner à Highclere. Ramsès lui souhaitait bonne chance. Ce que faisait – ou ne faisait pas – Carter ne présentait aucunement pour lui la même obsession que pour son père. « Obsession » ? Le terme était sans doute excessif mais Emerson était tourmenté. Ramsès se demanda si sa mère réalisait que Toutankhamon – ou du moins la découverte de sa tombe par un autre que lui – allait complètement bouleverser la position d’Emerson par rapport à Louxor et la vallée des Rois. C’était le cas, probablement. Sa mère se montrait parfaitement obtuse parfois mais elle faisait aussi montre d’instincts inouïs aux moments les plus inattendus. Ramsès évoqua soudain la fille du chef des services secrets turcs, Erin, qui lui avait sauvé la vie à Gaza, avec l’aide occulte de Sethos, il fallait l’avouer. Dès qu’il était revenu auprès de ses parents, après son évasion spectaculaire – et complètement improbable au vu des circonstances – sa mère avait deviné qu’une femme était impliquée. En d’autres temps, une telle prescience lui aurait sans nul doute valu le bucher. Gaza. Nefret était alors enceinte des jumeaux et en avait gardé le secret. Après plusieurs années de mariage, années, Nefret avait été de plus en plus inquiète de son manque de fécondité. Elle s’en voulait toujours de la perte de leur premier enfant, à cause de son cousin Percy, des années auparavant. Etait-il possible qu’ils aient traversé tant d’écueils avant de se retrouver ? Il éprouva soudain un besoin irrépressible de sentir la présence de sa femme et serra fort le bras qu’elle avait glissé sous le sien.
- Nous sommes un vieux couple, s’exclama Nefret en riant. Parfois, je n’arrive pas à imaginer la réalité de tout ce que nous avons traversé avant de nous retrouver.
- Je pensais exactement la même chose, chérie, dit Ramsès en lui adressant son rare et merveilleux sourire.
- Crois-tu que Sennia parlera à Lia ?
- Que veux-tu dire ? s’étonna Ramsès, surpris du changement de sujet.
- Je pensais à l’arrivée de Sennia, il y a quatorze ans, à la malignité de Percy et au drame causé par ma stupide impulsivité.
- Voyons, Nefret –
- Non, je ne ressasse pas le passé, le rassura-t-elle avec un sourire tendre. Je réfléchissais juste que Sennia a seize ans – et que c’est l’âge des idées folles. J’aimerais savoir ce qui la mine. Elle ne veut pas en parler avec Mère ni avec moi. Peut-être se confiera-t-elle plus facilement à Lia.
- Evvie est aussi restée à la maison, souligna Ramsès. Imagines-tu une conversation sérieuse avec elle au milieu ?
Nefret éclata de rire mais se reprit vite.
- Sennia sera bientôt sur pied, dit-elle. Peut-être devrions-nous nous arranger pour qu’elle passe davantage de temps avec nous. Son opération s’est parfaitement passée.
- Tu es un médecin exceptionnel, chérie.
- Je m’étonne que Mr Morcook reste si apathique, continua Nefret les sourcils froncés. Il se remet bien pourtant.
- Peut-être simule-t-il une faiblesse pour ne pas avoir à répondre aux questions de Père, dit Ramsès. Les hommes de Sethos doivent vite apprendre à mentir à son contact.
- Nous n’avons plus de nouvelles de Margaret – et encore moins de Sethos – depuis plus d’une semaine, dit Nefret sans relever la pique amère. J’espère que tout va bien pour eux. J’aime bien ton oncle bien qu’il me donne parfois envie d’oublier mon serment d’Hippocrate. Et que devient donc son fils adoptif ? Crois-tu comme Mère que ce soit réellement un enfant né de sa jeunesse aventureuse ?
- Comment veux-tu que je le sache ? Les suppositions de Mère ne reposent que sur son imagination fertile, comme de coutume. Je me pose davantage de questions au sujet des interventions de Sethos au Met. Que cherche t-il au juste ? Est-ce à démasquer les trafiquants ou à trouver le financement nécessaire pour s’établir en gentleman-farmer américain ? Ou même les deux à la fois ?
- Crois-tu que Père pourrait être au courant de ses projets sans le dire à Mère ? demanda Nefret l’air mutin.
- Le ciel nous en préserve ! s’exclama Ramsès avec sincérité. Nous voilà arrivés, chérie.
Devant le petit cottage agréablement fleuri, une jeune fille brune parlait avec animation à une femme plus âgée qui tournait le dos aux arrivants. C’était une vision enchanteresse de jeunesse et de grâce, avec des cheveux bruns aux reflets de châtaigne, des yeux bleus vifs, des joues pleines à l’éclat sain.
- Maggie elle aussi a seize ans, dit Nefret d’un air songeur. Tout comme Sennia. Mon Dieu, je me sens quasi centenaire parfois.
- Bonjour Mrs Clerkenwell, dit Ramsès d’une voix forte, bonjour Maggie. Quelle belle journée, n’est-ce pas ? Robert est-il là ?
***
Lorsqu’Emerson et David revinrent de la taverne, je réunis tout le monde pour un conseil de guerre. Les enfants étaient remontés. Sennia se reposait dans sa chambre. Evans nous apporta un plateau de thé et de liqueurs, puis referma doucement la porte du salon. Je regroupai mes notes, saisis un crayon et regardai Emerson.
- A vous l’honneur, mon cher Emerson, dis-je aimablement. Avez-vous pu parler en privé avec Stephen Briggs ?
- Bien entendu, s’offusqua Emerson avec un peu d’humeur. En auriez-vous douté ? Ce jeune don Juan n’a d’ailleurs pas cherché à m’éviter. Je suis sorti avec lui tandis que David occupait le père. Briggs a admis avoir eu quelques rendez-vous avec Maggie, en tout bien tout honneur selon lui et avec le parfait accord de la donzelle. Le frère en a eu écho de ces rencontres, a objecté l’âge de sa sœur et ils se sont battus. Ils étaient amis mais il y a un froid entre eux depuis. Rien de plus. Depuis lors, Briggs affirme ne pas avoir revu Robert – ni Maggie.
- Et vous le croyez ? demandai-je en fixant Emerson.
- Parfaitement, affirma-t-il. Le jeune Briggs n’oserait pas me mentir, Peabody. Ce freluquet a la tête un peu chaude mais je ne le vois pas agresser un adversaire par derrière.
- Bie, dis-je. Un point réglé. Ramsès ?
- Nefret a examiné Robbie, enlevé ses agrafes et il n’aura aucune séquelle. Il ne se rappelle toujours rien cependant. Il a été frappé par derrière, certes, mais il ne sait pas où a eu lieu son agression. Est-ce dans la roseraie où nous l’avons retrouvé ou bien près de la pyramide où les jumeaux ont trouvé des taches de sang – mais alors que faisait-il là ?
- Il a pu être attiré par un message, proposai-je.
- Nous n’avons retrouvé aucun message, tonna Emerson en me regardant d’un air orageux.
- Son agresseur aura récupéré cet indice compromettant, dis-je.
- Ma chère, ironisa lourdement Emerson, si ledit agresseur avait eut le loisir de faire les poches de Robbie, il aurait en priorité récupéré le scarabée et même pensé à achever le blessé, ne croyez-vous pas ?
- Nous ne savons pas si c’était Robbie qui possédait le scarabée, contrai-je aussitôt. Vous avez prétendu vous-mêmes que les deux affaires n’étaient pas liées.
- Robbie a pu trouver le scarabée par hasard, intervint calmement Ramsès, mais tant qu’il ne se souvient de rien, nous en sommes au point mort.
- Nefret ? demandai-je. Y a-t-il une chance que ses souvenirs lui reviennent ?
- Je ne sais pas, Mère, répondit-elle. Je ne crois pas qu’il ait vu quoi que ce soit d’important mais il est évident que le choc lui a fait oublier les circonstances de son agression.
- Que c’est contrariant ! m’exclamai-je mécontente.
- Comment va Charla ? demanda Lia d’une voix inquiète.
.../...
11:19 Publié dans L'OR MAUDIT DE PHARAON | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





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