12.01.2009

chapitre 5 - fin

- Où allons-nous, Grand-maman ? demanda Charla tandis que j’avançai, pensive, en regardant le chiot folâtrer devant nous.
- Avez-vous une raison précise pour avoir tenu à sortir avec nous ce soir ? demanda en même temps David John.
Evvie était restée auprès de sa mère. Elle avait fait un caprice assez violent juste au moment où nous sortions et David avait dû intervenir. Lia avait promis de sermonner l’enfant avant de se rendre au chevet de Sennia. J’étais seule avec les jumeaux. La soirée était claire mais un peu fraîche. La pluie qui était tombée toute la matinée avait laissé dans l’air une humidité sensible. Je n’avais pas réalisé que nous étions restés silencieux depuis que nous avions quitté la maison. Il était d’ailleurs étonnant que Charla ne se soit pas manifestée plus tôt. L’absence de sa cousine était sans doute la raison de sa patience inaccoutumée.
- Nous allons jusqu’à la pyramide, Charla, répondis-je. Oui, David John, j’ai une raison précise de m’y rendre. Je voudrais revoir les lieux où vous avez trouvé ce sang la semaine passée.
- Il a tellement plu que les traces doivent être effacées, remarqua le garçon d’une voix sérieuse.
Il avait raison, bien entendu, et les seules traces humides sur les pierres froides étaient celles de la mousse et des débris végétaux. La pyramide semblait sombre et presque menaçante. J’examinai le sol attentivement. Il n’y avait aucun signe visible.
- Etes-vous revenus ici récemment ? demandai-je.
- Non, Grand-maman, répondit-il les yeux calmes. Pas depuis que vous nous avez interdit de sortir seuls.
- Si Robert a été agressé ici-même, dis-je en réfléchissant au temps que nous avions mis pour venir, est-il possible qu’il ait pu marcher jusqu’à la roseraie ? C’est un bien long trajet pour un blessé.
- Maman affirme cependant que c’est possible, contra David John.
- Pourquoi Robert serait-il venu jusque là ? Personne n’y vient jamais, c’est trop éloigné de la maison et je sais que les domestiques craignent un peu ce genre de sépulture qui ne correspond pas à leurs croyances.
- Peut-être a-t-il cru surprendre… quelqu’un, proposa David John d’un ton mesuré.
- L’amoureux de Maggie, expliqua aussitôt Charla.
- L’am… ? Mais enfin… Comment savez-vous que Maggie – hum – auriez-vous par hasard écouté aux portes ?
- Les domestiques en parlent souvent, expliqua David John en jetant un regard lourd à sa sœur. Les amours de Stephen et Maggie font l’objet de spéculations depuis que Robbie s’est battu avec Stephen et lui a poché un œil.
- Daisy est aussi amoureuse de Peter, claironna Charla. Et elle est triste parce qu’il ne la regarde pas.
Je jugeai plus prudent d’abandonner le sujet. Fort à propos, Cairn se mit à japper énergiquement. Il avait disparu dans un roncier et David John se précipita à son secours. Cette petite sortie ne m’avait rien appris de nouveau. J’espérai que les autres seraient plus chanceux.
Le hurlement hystérique de Charla me prit complètement par surprise.

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