19.12.2008
chapitre 5 - b
L'enthousiasme de Lia fit rire Nefret et David.
- Nous n’avons fait que parler de nos aventures, dit Ramsès quand le calme fut revenu. Qu’en est-il de votre côté ? Se serait-il passé quelque chose ici durant notre absence – du moins à part l’opération de Sennia dont Nefret m’a brièvement parlé pendant que je me changeais ?
Le ton traînant et quelque peu moqueur de Ramsès me galvanisa. Il m’offrait cependant une ouverture parfaite. J’étais bien certaine que, durant les courts instants d’intimité où le jeune couple s’était retrouvé, Nefret avait parlé le moins possible. Et Lia également. Une épouse aimante qui récupère son mari après plusieurs jours d’absence a généralement – du moins, à mon avis – d’autres préoccupations en tête que les discours. Et puis, nous n’avions rien vécu de si inhabituel après tout. Il faut bien avouer que, dans notre famille, les agressions d’ordres variés ne sont pas aussi rares qu’elles ne le devraient.
- Ramsès, dis-je d’un air entendu, je ne m’étonne pas que Nefret ne vous ai encore rien raconté. Et je ne crois pas, David, que Lia ait été plus loquace, n’est-ce pas ? Ne rougissez pas mon garçon, c’est bien normal. Une épouse aimante qui récupère son mari après plusieurs jours d’absence a généralement d’autres préoccupations en tête que les discours – du moins, à mon avis.
Curieusement, Lia et Nefret se mirent elles aussi à rougir comme des écolières. Emerson eut une toux étranglée et me jeta un regard outragé. Seul Ramsès, fidèle à lui-même, resta impassible.
- Pour répondre à votre question, mon cher enfant, continuai-je avec un sourire suave – qui éveilla aussitôt la suspicion de mon fils. Nous avons connu quelques petits aléas, mais parfaitement gérés – si je puis dire. En bref, il semble que Robbie Clerkenwell ait été attaqué par Stephen Briggs, le fils du tavernier – et, pour élucider cette histoire, votre père a même dû s’abreuver au pub du village. Ensuite, nous avons intercepté l’inconnu du parc. Blessé d’un coup de couteau dans le dos, il est actuellement dans une chambre là-haut. Evans n’est pas seulement maître d’hôtel, il a aussi été chargé par Sethos de nous surveiller. L’ex Maître du Crime était au courant du trafic mais n’avait pas le temps de s’en occuper. Il est vrai qu’il donne des conférences au Met et cherche à s’installer en propriétaire terrien. Quoi d’autre ? Ah ! Nous avons réglé une petite querelle domestique entre Heket et Triphis. Enfin, les Vandergelt quittent Louxor et mettent en vente le Château. Voilà – auriez-vous par hasard des questions ?
Mon petit discours, rapidement expédié, eut un remarquable succès. Emerson en était resté la mâchoire béante, à me regarder fixement. Nefret et Lia se tenaient les côtes de rire. David ouvrait de grands yeux sidérés et même Ramsès semblait plutôt secoué. Je dois avouer que j’étais très fière de moi.
- Encore bravo, tante Amelia ! dit enfin Lia d’une voix encore hachée par son fou-rire à peine maîtrisé.
- Mais enfin Peabody, que vous prend-il ? éructa Emerson qui récupérait à peine et n’avait pas son énergie coutumière.
- Je suis très impressionné, Mère, dit enfin Ramsès. Et, si vous le permettez, j’aurais effectivement quelques questions.
- Moi aussi ! rugit Emerson à pleins poumons. Où diable avez-vous pris cette idée grotesque que le jeune Briggs – j’avais oublié son nom – avait assommé Clerkenwell. Crénom de nom, qu’en savez-vous ? Je vous ai dis que je retournerai au village afin d’interroger le fils du tavernier mais entre Sennia et ce satané Morcook, j’ai eu d’autres préoccupations.
- C’est bien compréhensible, Père, intervint Ramsès. Qui est au juste ce Morcook ? Est-ce réellement l’homme au manteau noir que les jumeaux avaient intercepté dans le parc, celui qui possédait le scarabée ? Comment –
- C’est bien lui, dis-je, prenant de vitesse Emerson qui s’apprêtait aussi à répondre – ce petit jeu m’amusait toujours. Nous l’avons retrouvé blessé –
- … A saigner comme un bœuf sur le marbre de l’entrée –
- … Et Nefret l’a soigné. Un coup de couteau dans le dos, ainsi que je vous l’ai dit. Il avait perdu beaucoup de sang aussi n’avons-nous pu l’interroger qu’hier soir, lorsqu’il a repris conscience. Il n’a pas vu son agresseur. C’est aussi un homme de Sethos qui, comme Evans travaillait – travaillent encore – pour Sethos. Morcook servait de messager. Emerson a assez mal pris la nouvelle que son frère attentionné avait chargé Evans de nous protéger.
- De nous surveiller, oui ! explosa Emerson furieux. Ce satané… – il savait – avant même de partir en Amérique, il savait que circulaient des faux bijoux venant soi-disant de Toutankhamon. Sethos a gardé des contacts dans le marché illégal des antiquités. Grrr –
- Ne vous étouffez pas, Emerson. C’est une manière comme une autre d’obtenir des renseignements intéressants après tout, dis-je calmement avant de poursuivre à l’attention de Ramsès et David. Au lieu de nous prévenir directement de ce qu’il avait appris, Sethos a préféré nous faire parvenir un scarabée qu’il avait récupéré par l’intermédiaire de Mr Morcook. Bien évidement, l’intervention musclée des jumeaux et du Grand Chat de Ré n’avait pas été prévue.
- Comment ce scarabée a disparu de la chambre de David John pour se retrouver dans la roseraie avec Robert Clerkenwell ? demanda Ramsès.
- Ah, dis-je un peu vexée. Cela reste encore un mystère. Nous n’en avons aucune idée. A mon avis, ce scarabée n’a rien à voir avec l’agression de notre jardinier. D’après les renseignements ramenés par Emerson, la sœur de Robbie serait – hum – courtisée par Stephen Briggs, le fils du tavernier. Maggie n’a que seize ans, vous savez, aussi son frère doit trouver –
- Peabody !
- Oui, c’est un autre débat, en effet, Emerson mais que diriez-vous s’il s’agissait de Sennia ? Il n’empêche que les deux garçons se sont déjà battus à cause de Maggie. Il faudrait avoir un entretien privé avec le jeune Briggs et aussi en reparler avec Robbie.
- Nous attendrons donc des aveux avant d’admettre votre théorie sentimentale, ma chère, grinça Emerson. Mais si le jeune Briggs a pour habitude d’assommer ses adversaires par derrière, il va m’entendre. Cependant, votre hypothèse a une certaine logique. Depuis le début, je voyais mal le moindre rapport entre un paysan du Kent et un scarabée égyptien.
- Si vous le souhaitez, Père, je pourrai aller parler à Stephen et à Robert, proposa Ramsès. Que vous a dit d’autre ce Morcook ?
- Il venait juste de reprendre conscience, aussi ne sommes-nous pas restés longtemps, commençai-je.
- Il était en possession d’un plan de la tombe de Toutankhamon, , dit Emerson, un plan très détaillé d’ailleurs.
- Et aussi d’un message de Sethos concernant Richard Bathell.
- Qui est donc Richard Bathell ? demanda David éberlué.
- L’un des secrétaires de Carter, répondit aussitôt Ramsès. Je me souviens de lui – un homme blond, une trentaine d’année, bien éduqué. Il fait partie des cas de la malédiction –
- D’après la liste de Mère, fit remarquer Nefret, il est mort d’un arrêt cardiaque ou d’un accident vasculaire. C’est rare à cet âge. S’il n’y a pas eu d’autopsie, comment savoir ?
- C’est une histoire bien triste, dis-je. Le père de ce jeune homme s’est suicidé dans les semaines qui ont suivi la mort de son fils. En cherchant des renseignements suivant les ordres de Sethos, Mr Morcook a cependant découvert que, peu avant son décès, Mr Bathell avait travaillé avec Alasdair Asquith, un Ecossais –
- Ne me parlez plus d’Ecossais ! rugit Emerson.
- Du calme, mon cher Emerson, dis-je, nous y reviendrons. Je disais donc que Mr Asquith travaillait comme secrétaire aussi bien pour Howard que pour lord Carnarvon. Mais il a disparu. D’après Mr Morcook, Mr Asquith avait eu de quoi être troublé. Il avait été – hum – romantiquement impliqué avec une demoiselle Mary Scott-Arthur.
- Il me semble que je connais ce nom, dit Ramsès. Elle était aussi à Louxor il y a deux ans, n’est-ce pas ?
- Oui, sans doute, dis-je. C’était l’infirmière personnelle de lord Carnarvon Elle aussi est morte récemment, dans son sommeil. Et elle n’avait que quarante ans.
- C’est horrible ! s’exclama Lia.
Il y eut un bref moment de silence. Puis Emerson s’agita et Ramsès revint à la question qui devait le turlupiner.
- Qu’avez-vous donc contre les Ecossais, Père ? s’enquit-il.
.../...
09:20 Publié dans L'OR MAUDIT DE PHARAON | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





Ecrire un commentaire