18.12.2008
chapitre 5 - a
David et Ramsès revinrent enfin à Amarna Manor en début d’après-midi pendant une heureuse éclaircie. Comme des voyageurs égarés ou des soldats revenant du front, ils furent chaleureusement accueillis par toute la maisonnée réunie – seule Sennia, toujours alitée, manquait à la fête. Devant le spectacle qu’offraient les domestiques alignés, les enfants qui agitaient les mains, les deux jeunes femmes bras dessus-dessous et enfin Emerson et moi en avant-garde, je dus avouer que notre famille manifestait parfois un certain penchant pour le théâtral. Dès que la voiture s’arrêta devant le perron, les filles dévalèrent les marches en piaillant, suivies plus posément par David John. Tandis que David s’extirpait de derrière son volant, Ramsès ouvrit la porte de notre côté et provoqua une surprise immédiate car il sortit du véhicule en tenant dans les bras un chiot à longs poils dorés. David John se figea net tandis qu’Evvie et Charla poussaient un hurlement de joie. - Ramsès ! s’écria Nefret ravie. Qu’il est mignon ! - Un chien ? dis-je du haut des marches d’un ton posé. - Cré… – mais enfin, les garçons, où diable étiez-vous passés ? beugla Emerson par dessus le brouhaha ambiant. - Tiens, dit Ramsès en tendant le chiot à son fils. C’est pour toi. Le dos raidi par l’émotion, David John saisit la petite bête qui comprit aussitôt son rôle et se mit à lui lécher énergiquement le visage. Bien entendu, les humains de la maisonnée n’avait pas été les seuls à accueillir les arrivants. Le Grand Chat de Ré était là lui aussi. Dès qu’il repéra l’intrus, il arqua le dos, gonfla son pelage rayé et, d’un pas souple et menaçant, s’approcha de David John et du nouveau-venu. Mon Dieu, songeai-je avec effroi, nous voilà bons pour une nouvelle querelle animalière. Je ne me souvenais que trop bien de la façon dont le chat avait accueilli l’arrivée d’Amira autrefois à Louxor. - Comment s’appelle-t-il, Papa ? demanda David John. - Cairn. Lorsque le Grand Chat de Ré atteignit le bas des marches, David John eut un élan inattendu et posa la petite bête à terre devant lui. Intrigué, le gros félin fit le tour de l’intrus qui jappa un peu plaintivement mais ne montra d’aucune frayeur. Pour faire bon poids, Evvie et Charla déposèrent également devant le chiot chacun des chatons qu’elles tenaient dans les bras. Triphis et Heket étaient trop jeunes pour savoir que chiens et chats avaient parfois des différences comportementales. Elles acceptèrent leur nouveau compagnon avec naturel et, lorsque le chiot s’accroupit, montèrent chacune d’un côté à l’assaut de son dos. Devant l’accueil de sa progéniture, le Grand Chat de Ré conclut sans doute que l’intrus ne présentait aucune menace. Avec une grâce dédaigneuse, il tourna le dos au petit groupe et remonta les marches avant de disparaître dans la maison. - Mais que se passe-t-il donc ? s’écria impatiemment Emerson. Ne restez pas tous plantés là. Entrez, voyons ! Chaque enfant récupéra donc son animal et, tandis que j’embrassais affectueusement David, j’entendis Ramsès parler à son fils. - C’est un terrier d’Ecosse, David John, un petit animal joueur, facétieux et d’une intelligence remarquable d’après le garagiste qui me l’a vendu, disait-il. - Est-ce que Cairn deviendra plus tard aussi grand qu’Amira, Papa ? demanda David John. - Non, répondit Ramsès – et je poussai un soupir soulagé. Il restera de petite taille même adulte. J’ai vu ses parents au garage. Le père n’avait qu’une trentaine de centimètres de haut et pesait environ huit kilos. - Tu sais, David John, dit Nefret en caressant la tête soyeuse du petit chien, Cairn ne connaît pas encore son nouveau foyer. Il va donc te tester pour connaître les limites admises. Fais bien attention de rester ferme avec lui. - Est-ce un chien de garde, Ramsès ? demandai-je en serrant mon fils dans mes bras. - Pas vraiment, Mère, répondit-il. Malgré son aspect un peu rustique, le terrier d’Ecosse est un tendre. Il se montrera probablement bon gardien et nous préviendrait de l’arrivée d’un étranger mais il lui ferait également fête. Ce n’est pas un modèle d’obéissance mais son côté comique et imprévisible amusera certainement les enfants. - Seigneur ! dis-je consternée tandis que Nefret éclatait de rire. Une fois les arrivants restaurés et rafraîchis, l’animation retomba et les enfants acceptèrent de rester un moment à l’extérieur tandis que nous nous regroupions au salon afin d’échanger les dernières nouvelles. Ramsès nous fit un condensé rapide de leur séjour à Londres. Assis à côté de Lia dont il tenait la main, David l’écouta avec un léger sourire, émettant parfois un commentaire pour préciser un point de détail. - Bon, commenta ensuite Emerson qui avait écouté avec une impatience grandissante. En bref, vous n’avez rien découvert du tout. C’était bien la peine de rester aussi longtemps ! - Ce pessimisme ne vous ressemble guère, Emerson, dis-je sévèrement. Je dirais plutôt que certaines hypothèses ont pu êtres éliminées, comme par exemple tout réseau relié aux revendeurs habituels. Ramsès et David ont vérifié à Londres, mais c’est sans doute la même chose au Caire ou à New-York puisque ni Cyrus ni Sethos n’ont rien trouvé non plus. Cela ne m’étonne pas d’ailleurs. Comme je vous l’ai déjà dit, il est évident que celui qui a monté cette escroquerie procédait plutôt par ventes privées. C’est beaucoup plus discret. - J’y ai pensé aussi, Mère, admit Ramsès en me jetant un regard approbateur. Il est plus sûr de contacter directement une telle clientèle – riche et peu scrupuleuse. - Bah, grogna Emerson, tous les collectionneurs se valent. - Dans ce cas, demanda Nefret, pourquoi Cyrus Vandergelt n’a-t-il pas déjà été contacté ? - Son amitié vis à vis nous est trop connue, dis-je en réfléchissant. Et je le crois plus scrupuleux que ce que prétend Emerson. - Vous oubliez le point principal, ma chère, ricana Emerson. Ces antiquités sont fausses. Vandergelt est un vieux renard qui demanderait sans nul doute une seconde expertise avant d’acquérir une pièce d’origine douteuse à un tel prix. - C’est exact, admis-je. La clientèle du faussaire se rétrécit alors : des collectionneurs riches, peu scrupuleux – et naïfs. - Ne trouvez-vous pas que sir Malcolm correspond à ce client idéal ? dit David. Après tout, il se trouvait chez l’un des revendeurs que nous avons visités. - Etiez-vous déguisé, Ramsès ? demandai-je. - Non, Mère. Nous avions déjà abandonné notre première idée et nous ne repassions que par hasard. Sir Malcolm m’a reconnu – et je dois dire qu’il n’a pas été très satisfait de me voir. - Quand je pense que nous avions arrêté cette crapule en flagrant délit et qu’Aziz n’a même pas été foutu de le garder en prison, explosa Emerson. Quel incapable ! - Vous êtes injuste, Père, s’exclama Nefret qui avait un petit faible pour le policier Egyptien. La remise en liberté de sir Malcolm n’a rien à voir avec les capacités professionnelles de l’inspecteur Aziz, et vous le savez parfaitement. Des autorités supérieures ont pesé sur lui afin d’obtenir la remise en liberté de sir Malcolm. - Vous avez raison, ma chérie, dis-je. Au moins, ce triste sire a été publiquement humilié et c’est une leçon qu’il n’oubliera pas de sitôt. Je ne crois pas qu’il osera se remontrer en Egypte de sitôt. - Je ne vois pas comment on peut réellement parler de l’autonomie du gouvernement égyptien si la police n’est pas libre de garder des criminels en prison, objecta Nefret. - Lorsqu’il s’agit des intérêts économiques et politiques, la simple justice passe bien après, dit David un peu sèchement. - Avez-vous pu tirer quelque chose de ce pantin de Montague ? demanda Emerson que les intrigues – politiques ou autres – ne passionnaient guère. - Non, dit Ramsès en souriant. Il nous a à peine adressé la parole. Il sortait cependant de chez un revendeur et avait demandé après des objets en provenance d’Egypte. - Pourquoi n’a-t-il pas été contacté par le faussaire ? dis-je. - Peabody, grogna Emerson, vous semblez considérer que votre théorie fumeuse est définitivement vérifiée. Ce n’est pas le cas, je vous le rappelle. Bon, laissons tomber les revendeurs et passons plutôt à Carter. Vous dites que vous n’avez rien découvert non plus à Highclere ? - Comme je vous l’ai déjà dit, Père, ni lady Carnarvon, ni sa fille n’ont accepté de nous recevoir. Cela m’a un peu étonné je l’avoue, même après notre – hum – malentendu avec le défunt lord. Cependant, David et moi avons passé quelques jours à l’auberge et les villageois nous ont signalé que les dames du château sortaient très peu. Pourtant, une voiture fermée passe de temps sur la route en temps en direction de Londres. - Je m’inquiète aussi du sort d’O’Connell, où a-t-il pu disparaître ? - Ramsès prétendait qu’il s’était peut-être introduit dans le château déguisé en domestique, dit David en riant. - Ah, comme Margaret autrefois. Cette fille ne manquait pas de culot. Hum – vous auriez pu aussi tenter cela, Ramsès. - Je ne suis pas certain que mes talents aillent jusqu’au service de table, Mère, dit Ramsès impassible – mais je vis qu’il était amusé. Par contre, en quittant Highclere, nous avons croisé une autre vieille connaissance : Sir William Portmanteau. - Sir William est un financier, dis-je pensivement. S’il s’est rendu à Highclere c’est qu’il y avait un but précis. Mais lequel ? - Je me contrefiche de ce vieux fou ! s’exclama Emerson furieux. Il doit simplement courtiser la mère – ou la fille. Aucun intérêt. Je veux savoir où est passé ce faquin de Carter ! - Nous n’avons eu aucun écho de son éventuelle présence sur place, admit Ramsès. Il doit donc être en Amérique. - Il faudrait que Sethos nous réponde sur ce point dis-je. Pour ce qui est de sir William, peut-être ne cherche-t-il en effet qu’à mettre la main sur les avoir de la veuve de Carnarvon. - J’ai pensé à autre chose, continua Ramsès d’une voix contrainte. Vu la folie qui s’est créée autour de Toutankhamon ces derniers mois, ce trafic de fausses antiquités est certainement fructueux. David disait récemment que les nationalistes avaient envisagés un moment de réellement mettre en vente le trésor pour rembourser la dette extérieure nationale. J’ai donc envisagé que certains acharnés aient pu s’accrocher à l’idée et initialisé ce trafic pour financer la lutte nationaliste en Egypte. - C’est une hypothèse osée mais intéressante, dit Emerson les sourcils froncés. Inquiétante aussi. Il y aurait d’autres retombées au niveau archéologique. Cela pourrait compromettre Carter et, vu son statut actuel, l’éliminer définitivement de la tombe. - Nous voici donc avec deux optiques diamétralement opposées, dis-je d’un ton animé. Vu que le faussaire a obligatoirement eu accès à certains objets contenus dans la tombe, c’est soit un des archéologues du groupe de Carnarvon, soit un Egyptien du gouvernement. Dans le premier cas, le trafic a été monté pour rembourser – si je puis dire – lesdits archéologues d’avoir été spoliés du contenu de la tombe, dans le second cas, le trafic vise au contraire à les éliminer définitivement de la scène. - Vous avez simplifié les choses à l’extrême, ma chérie, dit Emerson, mais j’avoue que votre schéma me plait. - Bravo, tante Amelia ! dit Lia. .../...
15:43 Publié dans L'OR MAUDIT DE PHARAON | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





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