12.12.2008

chapitre 4 - e

Ce fut la journée des lettres car dans le courrier du soir se trouvait également un envoi de Margaret. Lettre Collection M Chère Amelia Je ne pense pas que Seth ait pris la peine d’écrire. Il est vraiment très occupé en ce moment. Il a ri en recevant le dernier télégramme de son frère et m’a chargée de vous dire que nous n’avions ici : « rien de nouveau ». Je transmets ce message, mais j’entends déjà le professeur rugir en le recevant. Depuis sa sortie de l’hôpital, je vois moins Thomas qui passe beaucoup de temps avec Seth. Je lui ai demandé ce qu’ils faisaient ensemble. Il semble qu’ils hantent les musées, mais fréquentent aussi assidument les investisseurs et les banquiers. Curieux. Comme je vous l’indiquais dans ma dernière lettre, j’ai assisté à une conférence au Met sur la tombe de Toutankhamon – et Thomas m’a accompagnée. Malheureusement, Seth était indisponible ce soir-là, il avait affaire à Boston pour ces terres qu’il envisage d’acheter. Le Met est un musée magnifique et la foule était nombreuse. Mr Carter s’était désisté ce soir-là et c’est son secrétaire, Mr Racdrol – Mr Novarn Racdrol, un homme épais d’origine écossaise avec un accent assez prononcé – qui a mené les débats. Les photographies étaient remarquables et un plan de la tombe était affiché derrière l’orateur. C’était superbe ! J’en suis revenue enchantée et Thomas, qui avait pourtant assisté à d’autres conférences, était tout aussi enthousiaste. De tels objets font rêver et on ne peut se lasser de les admirer. Tant de trésors… J’ai déjà reçu quelques réponses à mes premiers articles sur les Amérindiens, dont celle d’un membre du Congrès qui souhaite me rencontrer. Peut-être pourrais-je faire évoluer les choses ? L’ami de Cyrus qui nous a aidés pour les procédures d’adoption me conseille d’y aller. Il prétend aussi que les Vandergelt comptent acheter une propriété en Angleterre. Le saviez-vous ? Pourquoi pas en Amérique ? Sans doute Mrs Vandergelt souhaite-t-elle se rapprocher de ses enfants. Thomas pense que… - Je me demande quel nom portent Sethos et Margaret, dis-je soudain en m’adressant à Nefret tandis qu’Emerson relisait la lettre accoudé à la cheminée. - Williamson, répondit Emerson. - Pardon ? fis-je sidérée. - Comment le savez-vous Père ? demanda doucement Nefret. - Il me l’a dit, répondit Emerson en déposant la lettre de Margaret sur la table du salon, puis il se leva et arpenta la pièce d’un air songeur. Mon père s’appelait Thomas William Emerson de La Grange, continua-t-il. Et je ne crois pas que ce soit d’après le président d’Amérique que mon frère ait prénommé son fils adoptif. De plus, il y a longtemps qu’il a choisi ce nom de famille – Williamson, fils de William. - Mon Dieu ! dis-je tout émue. - Mon père en aurait été fier, dit Emerson. La vie de Sethos et de sa mère aurait été très différente s’il avait vécu. La mienne aussi, tout comme celle de Walter. Quel gâchis ! Je me souviens de lui. C’était un homme originaire de Cornouailles, grand, avec des épaules larges, des cheveux noirs, des yeux bleus, la peau mate et la voix profonde. Je vais déjà, même enfant, qu’il avait à son actif plusieurs aventures sentimentales avant la mère de Sethos, qui était aussi – malheureusement pour elle – une amie de ma propre mère. Une connaissance plutôt, car en réalité, ma mère n’avait pas d’amie. Je n’excuse aucunement la conduite licencieuse de mon père, bien entendu, mais à sa décharge, il n’était pas facile de vivre auprès de la fille du Comte de Radcliffe. Bon Dieu, que je déteste ce satané prénom ! Lady Isabelle Courteney était une femme glacée. Le seul sentiment passionné qu’elle savait exprimer était la haine. Elle n’a jamais pardonné à mon père – ni plus tard à ses propres fils. - Pauvre femme, dit Nefret. Nous étions tous les trois seuls au salon. Lia était remontée avec les enfants. Je m’étonnais quelque peu des confidences inattendues d’Emerson. Il ne parlait jamais de ses parents. Je savais qu’il avait adoré son père et l’avait perdu trop tôt, il avait ensuite enduré la froideur de sa mère et s’était institué le défenseur de son jeune frère, plus délicat. Dès que possible, il avait quitté le domicile familial pour mener sa vie seul. Son éducation autodidacte expliquait une certaine raideur de son caractère, ainsi que le fait qu’il se trouvait plus à l’aise parmi des étrangers qu’au milieu de ses pairs. Après notre mariage, à la naissance de Ramsès, Emerson avait contacté sa mère et cherché à rétablir une sorte de relation. Elle n’avait jamais répondu. Ancrée dans ses rancœurs, elle était morte seule. Nefret avait raison. Pauvre femme ! Certains êtres sont les artisans de leur propre malheur.

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