10.12.2008

chapitre 4 - d

*** Le matin suivant au réveil, Emerson était très calme – bien plus que je ne m’y attendais. Malgré notre nuit écourtée, je me sentais vibrante d’énergie. J’envisageai un moment de mettre mes listes à jour, mais cela pouvait attendre. Je choisis donc de profiter de la bonne humeur d’Emerson. - Vous avez remarquablement encaissé la vérité, mon chéri, dis-je aimablement. Bien mieux que je ne m’y attendais. - Peabody, grogna-t-il en plissant les yeux. Surtout ne commencez pas à m’asticoter. J’ai réussi à me contrôler – et laissez-moi vous dire que le fait que vous sembliez en doutiez me navre – mais… Crénom ! Que diable avais-je l’intention de dire ? - Je n’en ai pas la moindre idée, répondis-je sincèrement. - Humph ! Mon satané frère ne perd rien pour attendre, mais nous devons malgré tout éclaircir cette foutue histoire. - Bien entendu, approuvai-je. Je ne dis pas que nous allons débrouiller cette enquête pour aider votre bien-aimé frère qui suit de son côté suit une autre piste aux Amériques mais – - Bien-aimé frère ! explosa Emerson, en me fixant d’un air outragé. Ce sal… - Tst tst, Emerson, dis-je en agitant un doigt menaçant, ne soyez pas vulgaire. De toute façon, si Sethos vous avait parlé de ses soupçons, vous vous seriez buté ou auriez vociféré sans même l’écouter. - Vociférer ? vociféra Emerson à pleine voix. MOI ! - Donc, continuai-je avec un sourire serein, connaissant votre égalité de caractère et votre affection à son endroit, Sethos a bien été obligé d’employer des chemins détournés pour attirer notre attention. Et il a parfaitement atteint son but, non ? - Vous aussi, ma chérie, dit Emerson en me prenant dans ses bras. Vous cherchez délibérément à me mettre hors de moi, n’est-ce pas ? Et sans même avoir besoin de prendre des chemins détournés. Après un petit interlude tout à fait satisfaisant, je repris le cours de mes réflexions. Emerson arborait un sourire un brin fat mais je ne souhaitais pas relever le fait qu’il réussissait – parfois – à m’interrompre durant un discours. - Je me demande quand nous pourrons interroger Mr Morcook, dis-je. Que va bien pouvoir nous apprendre de nouveau ? Est-ce une nouvelle preuve concernant ce trafic de faux ? Ou encore un message de Sethos ? Mon Dieu, Emerson ! Serait-il en danger ? Devrions-nous le rejoindre s’il réclamait notre assistance ? - Du calme, ma chérie, dit-il. Ne laissez pas votre imagination s’emballer. Il n’est pas question que nous allions rejoindre ce jean-foutre en Amérique. S’il court un danger là-bas… – crénom de nom, pourquoi diable serait-ce le cas ? Vous dites cela exprès pour m’ennuyer ! – Et puis aussi, il n’a qu’à revenir. - Je pense que tout ira bien, dis-je fermement pour rassurer Emerson – son affection fraternelle m’émouvait toujours. Après tout, Margaret est avec lui. - Je ne vois absolument pas le rapport, dit Emerson un peu perdu. - Elle veille sur lui. Emerson sembla pris de court, mais il ne répondit pas. Peu après, en sortant de notre chambre, nous rencontrâmes Nefret sur le palier. Fraîche et reposée, elle avait déjà été rendre visite à ses malades. Sennia avait passé une bonne nuit et venait d’être libérée de son drain. Je réalisai avec un peu de surprise que je n’avais pas pensé à elle depuis mon réveil, et cette omission me chagrina. Je me promis de passer un moment durant l’après-midi auprès de la jeune fille. Pour l’instant, elle se reposait et, selon Nefret, n’avait besoin de rien. Quant à Mr Morcook, il avait également passé une nuit calme mais n’avait pas encore repris conscience. Nefret l’avait à nouveau examiné et garantissait son pronostic vital. Il devait simplement se reposer, et serait sans doute à même de répondre à quelques questions en fin de journée. En tant que garde-malade, Evans prenait son rôle très à cœur. Je reçus une lettre de Cyrus Vandergelt au courrier du matin. Je la lus avec une stupeur grandissante. Ma très chère Amelia, Un petit mot pour vous transmettre une nouvelle qui va sans doute vous surprendre. Je vais mettre en vente ma demeure de Louxor. C’est une décision longuement réfléchie. Un tournant nécessaire. J’ai beaucoup aimé la vie que j’aie menée ici. Sur la rive ouest du Nil, tout près de l’entrée de la Vallée des Roi, j’ai pu vivre en plein ma passion tardive pour l’archéologie. J’ai fait bâtir cette demeure avec des tours et des balcons directement inspirés des châteaux des Croisés dont on trouve encore tant de traces dans tout le Moyen Orient. Un moyen comme un autre de me rattacher au passé. Saviez-vous que le vrai nom de ma maison est : « la Maison de la Porte des Rois » ? Je ne crois pas que quiconque l’ait jamais désignée ainsi. Il y a si longtemps que les Egyptiens l’ont surnommée : « le château de l’Américain ». Si vous vous demandez pourquoi j’ai pris une telle décision, je dois vous avouer que votre absence cette année m’a forcé à réfléchir. Depuis leur mariage, Bertie et Jumana envisagent de mener leur carrière ailleurs qu’en Egypte – où Jumana espère revenir ensuite, avec une plus large expérience à son actif. Ils ont reculé leur départ jusqu’à la naissance de Thomas, mais c’est décidé désormais. Ils ont accepté un poste en Jordanie, pour explorer l'extraordinaire ville de Petra toute taillée dans le rocher, avec un monastère, divers monuments, des tombes, des thermes ou encore des dessins et bas-reliefs. . J’irai sans doute leur rendre visite très rapidement. C’est un aventurier suisse, Johann Burckardt qui a redécouvert le site en 1812 mais les premières fouilles archéologiques ne commencent que cette année. Bertie et Jumana sont ravis de cette aventure. Katherine et moi leur garderons Thomas. La question est : " Où irons-nous ensuite ?" La fille de Kat est mariée depuis plusieurs années au pays de Galles et je ne ressens pas le besoin de retourner dans mon pays natal, aussi, nous avons plutôt décidé d’acquérir une demeure en Angleterre, pas trop loin de Londres où nous séjournerons en attendant. Inutile de vous dire que Katherine est enchantée. Elle a été trèsd patiente mais n'a jamais éprouvé la même passion que moi pour l'Egypte. Quant à moi, j’ai obtenu de la vie tout ce qu’un homme peut espérer. Il est temps pour moi de songer à la retraite, entouré de mon – sinon de mes petits-enfants.…/… Emerson ne jura même pas lorsque je lui lus cette épouvantable épître. Je savais pourtant qu’il appréciait l’amitié de Cyrus Vandergelt, et que celui-ci lui manquerait si – quand nous retournerions en Egypte. - Je me demande qui aura jamais assez d’argent pour acheter cette monstruosité architecturale, grommela-t-il seulement. - Père, protesta Nefret. C’est une merveilleuse demeure qui de plus est pour nous chargée de souvenirs. - Chargée de souvenirs, répétai-je lentement. C’est exact… Nous nous retrouvâmes avec les enfants à l’heure du thé dans le salon. Bien entendu, la conversation demeura neutre, et Emerson mit un point d’honneur à répondre aux nombreuses questions de Charla et d’Evvie. Les fillettes avaient pour un temps déposé la hache de guerre, et je dois avouer que le répit était le bienvenu. Pour une raison qui m’échappait, elles s’étaient prises de passion pour Toutankhamon et Emerson leur fit bien volontiers un petit cours sur ce roitelet qui connaissait une gloire inattendue après trois millénaires. - Le roi était encore un tout jeune garçon lorsqu’il est mort, dit Emerson en souriant aux deux visages levés vers lui. Il avait sans doute un joli sourire et des dents proéminentes. - Comme un lapin ? s’exclama Evvie en gloussant. - C’est ainsi que je le vois, affirma Emerson avec sérieux. Il y a de nombreuses dents proéminentes parmi ses ascendants. - Va-t-on démailloter sa momie ? demanda David John. - Certainement pas ! s’exclama Emerson d’une voix forte. Humph – du moins pas avant de très nombreuses années. (Nda : Il avait raison, il a fallu attendre 2008.) - Pourquoi ? demanda Charla en fronçant son front pur d’un air menaçant. Je voudrais bien le voir ! - Dire qu’il y a trois mille ans qu’il dort au bord du Nil dans son sarcophage d’or et de pierres précieuses, dis-je d’une voix un peu enrouée. - Ne bêtifiez pas, Peabody, ricana grossièrement Emerson. On se croirait dans la Belle au Bois Dormant – les trois enfants gloussèrent de plaisir, aussi je ne répondis pas. - Ce serait plutôt Le Beau au Bois Dormant, souligna Evvie. - Les momies ont une valeur archéologique et historique – et celle d’un pharaon encore davantage, dit Emerson. Elles sont fragiles. Après avoir été protégée si longtemps, celle-ci serait abimée par l’air ambiant. Les aléas climatiques et les bactéries apportées par les visiteurs pourraient la détruire, la réduire en poussière. - Personne n’a encore vu cette momie ? demanda David John. - A sa mort, comme de coutume, dis-je, le corps du roi été enroulé dans des bandes de lin qui ne laissaient apparaître que son visage. Et ensuite, la momie a été ensevelie dans trois cercueils gigognes, dont un en or massif. - Pour l’instant, tout ce que l’on connaît du pharaon est son masque d’or, grommela Emerson d’un ton bref. Grrr – je n’ose penser aux dommages causés par Carter lorsqu’il a utilisé des outils aiguisés pour extirper ce masque – - Pourquoi a-t-il voulu l’enlever ? - Parce qu’il pèse onze kilos en or massif incrusté de lapis-lazulis et de pierres semi-précieuses, dit Emerson aux enfants fascinés. Et ce n’est qu’une petite partie du trésor funéraire. L’or est parfois maudit, les enfants, même pour un pharaon. - Pourquoi le roi est-il mort si jeune ? - Il a été pharaon à neuf ans et est mort à dix-neuf, sans doute à cause d’une blessure infectée. - Comme lord Carnarvon ? demanda David John. - On ne sait pas au juste, dit Emerson pensif. Certains prétendent aussi qu’il a été assassiné. - Pourquoi ? demanda aussitôt Charla. - Parce que Toutankhamon a été le dernier de sa dynastie. C’était le XIIème pharaon de la XVIIIème dynastie d’Egypte. Lui ont succédé d’abord le grand prêtre Aye pendant quatre ans, puis le chef militaire Horemheb qui a régné vingt-six ans avant de céder le pouvoir à son vizir Ramsès, fondateur de la XIXème dynastie. Sur ces entrefaites, Tom Evans entra et nous remit un télégramme. David et Ramsès rentreraient le soir même. Ils ne donnaient aucune indication sur ce qu’ils avaient découvert. - Crénom ! s’exclama Emerson. .../...

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