24.11.2008
chapitre 3 - e
Seul Emerson restait frustré et furieux. Son caractère emporté m’était familier mais je crus cependant nécessaire de lui rappeler que sa présence à Amarna manor avait été démocratiquement approuvée – à l’unanimité moins une voix. Curieusement, il prit assez mal ma remarque sensée :
- Ne me rappelez pas ce vote ridicule, Peabody, siffla-t-il. Vous l’avez fait exprès. Je suis parfaitement conscient que vous ne souhaitiez pas aller à Londres et que vous avez sciemment manipulé Ramsès et Nefret pour je-ne-sais quel plan ridicule –
- Je ne souhaitais pas aller à Londres, Emerson, coupai-je, c’est exact – parce qu’il est évident qu’il n’y a rien à découvrir chez les revendeurs habituels David et Ramsès seront simplement heureux de se retrouver quelques jours seuls tous les deux, coupés un temps de leurs familles et de leurs responsabilités.
- Ah ! s’écria-t-il en arpentant le salon à grands pas. Vous avouez donc vos manigances. Je n’en attendais pas moins – humph. Pourquoi pensez-vous qu’ils ne trouveront rien ?
- Voyons, mon chéri, c’est l’évidence même, affirmai-je sereinement. Celui qui a monté une telle escroquerie ne déposera rien chez un simple revendeur. J’y ai longuement réfléchi. Si Sethos n’était pas retiré des affaires criminelles, ce serait bien là une opération à sa mesure. A mon avis, il s’agit de ventes privées, Emerson, organisées par une personne qui possède déjà un important carnet de clients aussi riches que peu scrupuleux.
- Et comment diable en êtes-vous arrivée à une conclusion aussi outrancière ? demanda Emerson d’un ton sceptique – mais il arrêta ses déambulations pour s’asseoir en face de moi.
- Il y a un petit quelque chose de – disons – personnel dans cette affaire, dis-je en fronçant les sourcils. Ne trouvez-vous pas étrange que deux faux scarabées soient si vite arrivés entre nos mains ? Le lien entre les deux m’échappe encore… Sans compter cette histoire de poupées qui continue à me turlupiner.
- Je ne vois absolument pas le rôle de vos satanées poupées dans une escroquerie autour de la tombe de Toutankhamon, grommela Emerson.
- Moi non plus, dis-je et c’est bien le problème. Mais revenons plutôt aux scarabées. D’abord le nôtre –
- Il ne s’agit pas réellement du nôtre, mais plutôt de celui de Charla et David John, souligna Emerson d’une voix sarcastique.
- Ne chipotez pas sur les détails, dis-je sévèrement. Je n’arrive pas encore à accepter les risques qu’ont courus ces deux enfants. Il n’empêche qu’un inconnu a pénétré dans notre parc durant la nuit – probablement pour rencontrer quelqu’un de la maison. Les enfants ont signalé des traces de pas depuis le mur d’enceinte du fond du parc jusqu’à la maison. Ils prétendent avoir intercepté un homme avec un long manteau sombre.
- Très mélodramatique, souligna Emerson grognon.
- Et je vous rappelle qu’un complice inconnu s’est ensuite introduit dans la chambre des enfants pour récupérer le scarabée égaré. A mon avis –
- Bon Dieu, rugit Emerson, vous avez raison ! Au lieu de perdre notre temps à Londres, nous pourrions aussi bien tendre un piège au traître qui se trouve dans notre domesticité. Crénom ! Je n’aime pas cette idée, Peabody, ajouta-t-il après un moment.
- Moi non plus, dis-je franchement. Mais c’est une épreuve nécessaire. Nous avons sous notre toit quatre enfants à protéger, sans compter deux innocentes jeunes femmes, aussi nous devons être vigilants. Qui mieux que vous, mon cher Emerson, pourrait débusquer ce traître ?
- Que manigancez-vous, Peabody ? ricana Emerson Je m’inquiète quand vous êtes d’humeur complimenteuse. N’en rajoutez pas.
- Avez-vous une idée quant à la façon de procéder ? demandai-je sans relever. Il me semble que vous pourriez…
- Je croyais que vous posiez une question, ma chère, s’exclama Emerson, et non que vous comptiez me donner vos instructions.
- Oh, fis-je avec un sourire. Je vous écoute, Emerson.
Et ce fut effectivement ce que je fis durant un long moment, le temps qu’Emerson mit à me détailler ses projets. Son plan était à la fois font simple et extrêmement ingénieux. Je dois avouer que je n’aurais pas fait mieux.
- Je dois avouez que je n’aurais pas fait mieux, Emerson, dis-je.
- Ma chérie, s’exclama-t-il en m’embrassant. Vous êtes unique. Vous êtes la lumière et l’amour de ma vie – et je retire toutes les critiques que j’ai pu faire sur votre humeur complimenteuse.
Roman de la momie maudite
Lorsque l’homme pénétra dans l’enceinte sacrée, le soir tombait. Il y avait peu de lumière sous les arbres décharnés. Le sang étalé sur la pierre luisait en taches sombres et humides. Le félin bondit soudain…
Ashara émiettait une tranche de pain sur le rebord de sa fenêtre, se penchant pour regarder au delà des murs gris. Elle émit une sorte de piaillement répétitif durant un moment mais aucun oiseau ne se montra. Déçue, la fillette referma les battants avant de se retourner vers l’intérieur de la pièce où sa cousine parlait à David John.
- Tu es donc Myrdhin, le dieu soleil, et elle, c’est Ashara, la déesse de la Nuit, disait Evvie en secouant ses boucles blondes, les yeux pleins d’animation. Quelle lumineuse idée ! Et moi ? Que penses-tu trouver pour moi ?
- Tu pourrais être Morrigan, la grande reine – et aussi la déesse de la guerre, proposa Myrdhin d’une voix grave.
- Morrigan ? répéta Evvie en faisant rouler les sonorités de son nouveau nom d’une voix lente et ravie. Oh, cela me plait.
- Lui ferons-nous une célébration d’intronisation ce soir à la pleine lune ? chuchota Ashara en entrant dans le jeu.
- Disons plutôt – en fin d’après-midi, reprit Myrdhin fataliste. Maman nous surveille de près en ce moment.
- Tu m’as dit nommer Sennia, Esméralda, demanda la nouvelle Morrigan avec curiosité, comment appelles-tu Lily et Dollie ?
- Lily est Dana, la déesse de l’eau, répondit Ashara, à cause de la couleur de ses yeux et de ses cheveux. Myrdhin voulait d’abord lui donner un nom d’étoile mais il n’a rien trouvé qui lui correspondait vraiment.
- Et pour Dollie ? insista Morrigan.
- Pourquoi pas Merlin ? demanda Myrdhin avec un clin d’œil.
Les fillettes se regardèrent avant d’éclater de rire, puis elles décidèrent de sortir prendre l’air tant que le temps le leur permettait. Du haut du meuble où il se prélassait, le Grand Chat de Ré tourna la tête et regarda les trois enfants quitter la pièce. Il s’étira langoureusement, puis descendit de son perchoir de quelques bonds souples et les suivit. A peine avait-il quitté les lieux qu’un gros oiseau noir se posa sur le rebord de la fenêtre où, après quelques sautillements prudents, il se mit à picorer les miettes de pain déposées sur le rebord.
19:23 Publié dans L'OR MAUDIT DE PHARAON | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





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