24.05.2008
chapitre 9 - fin
Ils arrivèrent au musée où Wellington leur ouvrit la porte, l’air aussi hagard que la veille. Son costume était fripé comme s’il avait dormi dedans. Il annonça aussitôt avoir reçu de M. Maspero un télégramme qui annonçait son retour pour le soir même.
- Pas trop tôt ! grommela grossièrement Emerson qui se dirigeait déjà vers la salle de Sobek où s’entendaient les bruits d’une intense activité.
La poussière s’était infiltrée partout, recouvrant les piles de caisse et les statues emmitouflées de toile protectrice, tandis que leurs pas la marquaient sur le sol dallé. Les Egyptiens avaient bien avancé le travail, mais l’extrémité du tunnel restait encore invisible.
- Damnation ! s’écria Emerson qui était descendu vérifier. Il n’y a pas le moindre espoir de voir rapidement le bout de cet éboulis.
- J’ai trouvé autre chose, Maître des Imprécations, dit alors Abdullah, son vieux visage ridé tout plissé d’un plaisir anticipé.
A sa suite, ils se rendirent jusqu’au couloir d’accès où devait se trouver – en principe – la seconde entrée du tunnel. Emerson désigna à son épouse, tout au bout du long passage, l’angle que formait l’épaisse cloison du bureau du conservateur et le mur extérieur d’une petite cour intérieure où, en partie basse, se trouvait la dalle qui sonnait creux qu’ils avaient précédemment découverte. Pourtant, ce fut un peu plus loin qu’Abdullah se pencha sur une autre partie du mur –exactement semblable au reste à ce qu’il semblait.
- Rien ne sonne creux par ici, s’exclama Emerson après avoir vérifié – il regarda son vieil ami d’un œil intrigué.
- Mais cet endroit est bien plus proche des taches d’huile, grimaça l’autre en gloussant de joie. Et c’est pour ouvrir que l’on a besoin de lumière, Emerson.
Il se pencha et manœuvra, avec un déclic métallique, une sorte de ressort dans la pierre. La mère de Ramsès poussa un cri involontaire. Le geste d’Abdullah avait fait basculer la dalle qu’Emerson lui avait indiquée et venait de s’ouvrir juste devant elle - comme la bouche d’un monstre vorace - un trou noir et béant. Elle se pencha pour découvrir un étroit passage descendait vers l’inconnu. Il y eut aussitôt une bousculade pour mieux voir mais Emerson ramena le calme à grands cris. Muni d’une torche, il s’agenouilla et éclaira l’ouverture. Ils virent un boyau étroit dans lequel ils ne pourraient pénétrer qu’un par un - par en rampant mais néanmoins sans pouvoir tenir debout.
- Impossible de deviner ce qui nous attend au bout, marmonna Emerson, assis sur ses talons, en se frottant le menton. Bien, tout cela a l’air solide – et beaucoup plus ancien que le tunnel de la salle de Sobek. Je passe le premier. Peabody, restez derrière moi. Ramsès attendez que je vous donne le signal pour nous suivre – Nefret, c’est également valable pour vous. Abdullah allez chercher Daoud, puis vous resterez dans le couloir pour surveiller nos arrières. Dites aux autres qu’ils peuvent arrêter le travail pour l’instant. Je ne sais pas ce que je vais trouver, et je ne veux pas être dérangé par des bruits parasites.
***
Avec un sentiment d’expectative fiévreuse, je me glissai à la suite d’Emerson dans l’étroit passage. J’avais beaucoup plus de facilité que lui pour avancer courbée en deux, la haute taille de mon imposant époux gênant ses mouvements. Je l’entendis marmonner des imprécations tandis qu’il se cognait la tête – ou les membres – aux aspérités de la pierre. Le passage avançait en pente assez raide, mais je vis qu’une corde était fixée par des rivets dans la paroi pour faciliter la descente. Je n’avais cependant nullement l’opportunité d’étudier attentivement les lieux, toute mon attention restant fixée sur l’arrière-train d’Emerson juste devant moi. Le chemin me parut long. En vérité nous ne fîmes qu’une trentaine de mètres avant d’aboutir dans une galerie où je me redressai avec soulagement. La pièce était longue et étroite, avec un plafond voûté à environ trois mètres de haut. C’était sans aucun doute la crypte où Kevin avait été retenu prisonnier. Je vis d’ailleurs une paillasse jetée contre un mur, et une jarre d’eau à côté.
- C’est sans nul doute la crypte que Kevin a été retenu prisonnier, Emerson, dis-je.
- Bien entendu, répondit-il d’un ton machinal, le corps crispé, les poings serrés, toujours aux aguets en agitant sa torche alentour. Ramsès ! hurla-t-il soudain en me faisant sursauter. Vous pouvez descendre avec Nefret.
J’entendis les enfants s’approcher. Comme Emerson, je fis pivoter ma torche autour de moi. La pièce était dépourvue de décorations, le sol sablonneux, les murs nus, et une grille non loin de moi recouvrait l’entrée probablement d’un puits. L’atmosphère poussiéreuse et trop sèche était quelque peu oppressante. Alors que la tête de Ramsès émergeait du boyau, je poussai un cri strident. Mon fils bondit en avant, Nefret jura vigoureusement quand sa tête heurta le linteau de l’ouverture et Emerson se jeta sur moi. Il s’arrêta net, ayant vu ce qui avait causé ma surprise. J’entendis aussi le halètement de surprise que Ramsès ne put réprimer. Ma torche éclairait un long brancard de bois où trônait le plus énorme crocodile momifié que j’aie jamais vu, de près cinq mètres de long. Seule la tête racornie de la bête émergeait de son cocon de bandelettes jaunies. Sobek, le dieu crocodile exhibait toutes ses dents dans un rictus féroce.
13:54 Publié dans LA NUIT ROUGE DE SOBEK | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





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