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13.05.2008
chapitre 8 - b
- Effectivement, approuvai-je. Où avez-vous retrouvé le corps ?
- Comment ? s’exclama Emerson. Mais ce n’est pas du tout… Humph. Je vous l’ai déjà dit ! Il était aux pieds de Sobek.
- Quelle horreur ! s’écria Nefret en mettant les mains devant sa bouche. Ainsi j’avais raison et Nabil a bien été sacrifié !
- Mais pas du tout, voyons… commençai-je. Oui, Emerson, vous vouliez ajouter quelque chose ?
- C’est fort aimable à vous de me le proposer, Peabody, dit-il en en grinçant des dents Je voulais évoquer les sceptres.
- Vous avez raison, c’est un point important, dis-je aimablement. Où les avez-vous retrouvés ?
- Posés sur le corps de Nabil, juste aux pieds de la statue.
- Simplement ?
- Simplement ! confirma Emerson furieux. Notre assassin n’a-t-il pas un délicieux sens de l’humour ? Nous appâter avec cette fripouille d’O’Connell et nous obliger à quitter la salle de Sobek afin d’avoir le temps de déposer sa petite offrande.
- Mais Emerson, justement… Je ne comprends pas. Quand a-t-il pu amener le corps de Kevin jusque dans le bureau ? Pensez-vous que le malheureux soit resté là de longues heures durant ?
- Comment diable voulez-vous que je le sache ? s’écria Emerson. Je ne vais quand même pas gaspiller ma compassion pour lui ! Remarquez, à ce sujet, il faudrait savoir exactement quand ils l’ont pu l’attraper…
- A mon avis, c’est la nuit où Abdullah a eu son malaise, dis-je. Nous n’avons plus eu aucune nouvelle de Kevin depuis lors. Le sang que vous aviez trouvé répandu aux pieds de Sobek aurait été une trop forte tentation pour lui ! Il est évident qu’il ne serait jamais resté si longtemps sans écrire un article à sensation.
- C’est une idée intéressante, dit Emerson en se frottant le menton. Je ne parle pas de cet article ridicule, bien entendu, mais du fait que ce satané Irlandais peut être resté prisonnier assez longtemps pour récolter quelques renseignements utiles. Après tout fouiner est bien l’essentiel de son foutu métier, n’est-ce pas ? Humph ! Quand se réveillera-t-il ?
- Pas avant demain matin, dis-je d’un ton ferme – en m’apprêtant à empêcher Emerson d’aller vérifier par lui-même.
- Vous êtes bien certaine, Peabody, qu’il ne risque pas de mourir cette nuit avant d’avoir pu parler ?
- Votre cynisme me consterne, Emerson. Mais la réponse est non !
- Je me demande vraiment, remarqua Nefret (à mon avis, pour détourner l’attention d’Emerson du blessé), ce que signifient les linges rouges drapés sur la statue de Sobek avant d’envelopper le corps de Nabil. N’y a-t-il pas là une sorte de message ? S’il n’a pas été sacrifié, ne serait-ce pas tout au contraire une forme de respect envers sa dépouille ?
- C’est une hypothèse intéressante, dis-je. Il est vrai que ce linge rappelle la pourpre royale liée au pouvoir pharaonique. Il y a aussi le fait inexpliqué que les sceptres royaux aient été déposés sur le corps. Cependant, je n’en comprends pas du tout le sens. Le pauvre Nabil n’avait aucun lien avec une quelconque royauté.
- Est-ce certain ? interrogea Emerson. Nous ne savons rien de lui. Crénom ! Il nous faut absolument retrouver Hamad ! Sa disparition prolongée dévient éminemment suspecte. Lui et son fils devaient savoir quelque chose et c’est pour cette raison qu’ils ont été enlevés.
- Mais comment ont-ils pu escamoter le vieux gardien et son fils alors que nous étions à portée de voix ? demandai-je étonnée. Pourquoi aucun des deux n’a-t-il appelé à l’aide ?
- On disparaît beaucoup dans cette affaire, remarqua Ramsès. Nous recherchions déjà Amine qui semble s’être volatilisé. Et maintenant, c’est le tour d’Hamad.
Je dévisageai mon fils avec un certain étonnement. Il n’était pas dans ses habitudes de faire des réflexions aussi cyniques. Je vis que ses lèvres étaient pincées, ses yeux cernés. Le cynisme est parfois une façon de se protéger d’émotions difficilement exprimables.
- Je m’occuperai dès demain d’Amine, affirma Emerson, même si je dois interroger pour cela tous les jardiniers de l’Ezbekieh. Quant à Hamad, j’espère seulement que son corps ne gît pas sous les pierres qui encombrent le souterrain. Je le ferai excaver dès demain Après tout, n’est-ce pas là ma partie ?
- Les sceptres ont pu rester tout ce temps dans le souterrain, dit Ramsès. Mais l’éboulement aura écrasé tous les autres indices.
- Avez-vous remarqué, ajouta Nefret, que le corps de Nabil était déjà rigide. Il était donc mort depuis assez longtemps. Où était-il durant tout ce temps ?
- Probablement dans le souterrain, lui aussi, décréta Emerson. Diable ! C’était un véritable lieu de rendez-vous que nous avons manqué là ! Il nous faudra attendre demain pour en savoir davantage.
Il étouffa un formidable bâillement et décréta aussitôt de clore la séance. Peu après, nous remontâmes donc l’escalier en procession, sauf David qui restait au rez-de-chaussée auprès de Kevin. J’avais averti Ramsès qu’il aurait à dormir cette nuit dans la dernière chambre de l’étage. Il n’avait fait aucun commentaire.
Une fois dans notre chambre, je m’installai devant la glace afin de me brosser les cheveux, comme je le faisais tous les soirs. Je me sentais surexcitée, et tout à fait prête à continuer la conversation mais Emerson, grognon, répéta qu’il était fatigué et ferma résolument les yeux en me tournant le dos. Un peu plus tard, je constatai qu’il s’était effectivement endormi, ce qui me vexa grandement. Un grincement feutré attira alors mon attention, c’était Anubis qui rentrait par la fenêtre du balcon dont les rideaux légers ondulaient dans la brise nocturne. J’eus une soudaine réminiscence et me redressai dans le lit. Comment avais-je pu ne pas remarquer cet indice ! Il fallait absolument que je procède à une vérification dès le lendemain. Un énervement fébrile me saisit à l’idée de devoir ainsi attendre, au point que j’hésitai à réveiller Emerson pour lui exprimer en détail mon idée. Devant son immobilité, j’y renonçai avec peine et m’allongeai, toute fourmillante d’anticipation. La nuit serait longue…
* * *
Manuscrit H
Etendu sur le lit dans le noir, Ramsès patienta un long moment. Il entendait ses parents – ou plus exactement sa mère – parler dans la chambre d’à côté mais aucun bruit ne provenait de celle de Nefret. Quand le silence tomba enfin, il attendit encore quelques instants, puis se leva d’un bond souple et entrouvrit la porte. Le couloir était désert. Il s’y engagea l’oreille aux aguets, ses pieds nus ne faisant aucun bruit sur le sol nu. Il n’était pas certain que l’escalier de bois serait aussi discret aussi fit-il porter l’essentiel de son poids sur la rampe en se laissant glisser jusqu’en bas. Lorsqu’il ouvrit la porte de sa chambre, il découvrit vide le lit de David. Dans le sien, le journaliste ne bougeait pas. Ramsès se pencha sur l’homme inconscient jusqu’à entendre son souffle imperceptible, puis il sortit par la fenêtre ouverte. Son instinct le dirigea vers le fond du jardin. Dès qu’il s’engagea dans l’allée, Daoud se dressa devant lui, le reconnut et lui fit un signe amical.
- David et Nur Misur sont par là, dit-il de sa voix profonde.
Effectivement, Ramsès trouva les deux jeunes gens assis sous les tamaris. Ils se tournèrent vers lui.
- Pourquoi as-tu mis si longtemps à descendre ? demanda Nefret.
- Je te t’ai pas entendue sortir de ta chambre, fit remarquer Ramsès d’un ton calme.
- Je n’y suis pas entrée ! s’exclama la jeune fille d’un ton joyeux, quoique assourdi. Tante Amelia parlait encore avec le professeur quand je suis redescendue, aussi n’a-t-elle pas entendu l’escalier grincer. N’ai-je pas été astucieuse ?
- Si, admit Ramsès à contrecœur, mais, – hum – qu’es-tu venue faire exactement ?
- Et toi ? riposta-t-elle.
- Je voulais me coucher dans ma chambre, dit Ramsès.
- Il n’y a plus de lit libre.
- Je peux dormir sur le plancher, enroulé dans une couverture. Je n’ai aucunement besoin d’un matelas moelleux.
- Ecoutez tous les deux, protesta David, il est tard et je ne crois pas que le moment soit bien choisi pour vous disputer. Nefret voulait tenter une ‘aventure nocturne’ et aider Daoud à faire le guet. Je l’ai interceptée. Vu ce que le professeur compte nous faire faire demain, je crois que nous avons plutôt besoin d’une bonne nuit… – de quelques heures de sommeil.
- C’est vrai qu’il va vouloir excaver ce souterrain, dit Ramsès. Remarque, il a de bonnes raisons à cela.
- Tu crois que certaines antiquités volées sont encore dissimulées là-dessous ? demanda Nefret d’un ton vibrant.
- C’est peu probable, dit Ramsès. A mon avis, cet éboulement a été provoqué et je pense que les voleurs n’ont rien laissé derrière eux.
- Pourquoi auraient-ils renoncé à un tel secret si pratique pour leurs petites combines ? s’étonna David.
- Ils devaient bien réaliser que Père n’abandonnerait jamais, dit Ramsès, aussi ont-ils piégé les lieux pour provoquer un accident. De plus, le musée devant être déménagé d’ici peu, l’intérêt de cette issue dérobée n’allait pas tarder à disparaître d’elle-même. Cependant, il y a quelque chose qui m’étonne…
- Oui ? insista Nefret. Ne joue pas les mystérieux, voyons, parle !
- Je ne joue pas, protesta Ramsès avec un regard hautain. Je réfléchis seulement avant d’énoncer une théorie – et certains devraient bien en faire autant.
- Nous écoutons le fruit de tes réflexions, mon frère, dit David, mais n’attends pas trop, ou je vais m’endormir sur ce banc.
- Je crois que le souterrain a une seconde entrée, dit Ramsès.
- Dans le bureau de Wellington ! s’écria Nefret en comprenant aussitôt. Oh, Ramsès, c’est une idée brillantissime !
- Merci, ma chère, mais en fait, je pensais plutôt au couloir d’accès qui passe devant le bureau.
- C’est plausible, dit David ne hochant la tête. C’est même très plausible. Il s’est passé pas mal de choses dans ce couloir, des bruits, des cris, tout ce qui nous a toujours attiré hors de la salle de Sobek. C’est aussi là qu’est mort Hawkins.
- Son corps a été déplacé ! rappela Nefret.
- Justement, souligna Ramsès. Peut-être était-il tombé devant l’entrée et l’a-t-on enlevé pour éviter d’attirer l’attention.
- Tante Amelia prétend que c’était pour confirmer le mythe de Sobek, pour qu’il repose devant la mosaïque avec le crocodile.
- Oui, admit Ramsès. C’est une possibilité qui se défend aussi – mais elle n’infirme pas ma théorie. Quand tu as trouvé le corps de Kevin dans le bureau de Wellington, David, il n’était pas dissimulé. Je ne crois pas qu’il aurait pu y rester des heures sans être découvert. D’ailleurs, je pense surtout qu’il n’a été déposé là que pour nous attirer, aussi l’a-t-il été après notre arrivée.
- Tu devrais le dire au professeur, dit David. S’il y a un autre accès, il n’a pas besoin d’excaver l’escalier de la salle de Sobek.
- Très bien, dit Ramsès, je le ferai. Cela peut attendre demain. Rentrons-nous nous coucher maintenant ?
- Oui, dit Nefret en bâillant. Il ne se passera plus rien cette nuit.
Elle se trompait. A peine une heure après, il y eut soudain un grand remue-ménage dans le jardin tandis qu'un hurlement sauvage réveillait tous – ou presque – les dormeurs de Dar el Sajara.
.../...
11:16 Publié dans LA NUIT ROUGE DE SOBEK | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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