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07.05.2008
chapitre 7 - fin
- Je n’en sais rien, avoua Ramsès. Et je n’essaierai pas de deviner. Je n’aime guère cette habitude qu’a Mère d’annoncer sans la moindre preuve les théories les plus fantaisistes.
- Tu es un peu injuste avec elle, dit Nefret d’une voix mécontente.
Ramsès ne tenait pas à se disputer avec la jeune fille et il fut heureux que l’irruption de David interrompe la conversation.
- Que se passe-t-il ? demanda-t-il.
- On a retrouvé le journaliste, haleta le jeune Egyptien. Il est dans un sale état. Ton père vous demande.
* * *
J’avais suivi Emerson aussi vite que je pouvais courir – pas si vite que cela, à dire vrai. Ma ceinture d’accessoires était un handicap certain mais je craignais fort qu’elle ne se trouve rapidement d’une urgence vitale. Le cri que nous avions entendu était un appel au secours, j’en avais le pressentiment. Selim courait près de moi –à mon avis, il n’avait pas trop apprécié de rester seul et avait sauté sur l’occasion de nous accompagner. Je ne pense pas qu’Emerson l’aie remarqué. Nous arrivâmes dans l’entrée où ne se trouvait plus trace de Feisal ni de David. Au moment où, un peu essoufflée, j’allais m’enquérir d’eux, Feisal apparut, sa torche à la main, complètement affolé.
- Maître des Imprécations ! Il est mort ! Ce sang… bredouilla-t-il.
- Qui est mort ? hurla Emerson en le saisissant par le col et en le secouant si violemment que ses dents s’entrechoquèrent.
- Vous l’étranglez, Emerson signalai-je haletante avant de me hâter en direction du bureau de Mr Wellington.
Je l’atteignis et y pénétrai avec une répugnance certaine, cherchant des yeux le corps que je craignais de découvrir. Lorsque David se dressa de derrière le bureau, je poussai un hurlement strident et entendis dans mon dos une épouvantable série de jurons.
- Peabody, s’exclama Emerson d’une voix rauque. Vous êtes l’épouse la plus insupportable que je connaisse – et vous allez me donner un arrêt cardiaque. (Il me saisit avec une sorte de fièvre, m’enlaça fortement, puis me relâcha presque aussitôt.) David, mon cher garçon, vous n’avez rien ?
- Non, professeur, répondit David très pâle, mais voyez donc.
Je contournai le bureau et me penchai sur le corps étendu que David désignait du geste. Bien qu’il soit sur le ventre, je savais de qui il s’agissait. Les cheveux roux et indisciplinés du journaliste irlandais étaient hirsutes et sanglants, mais parfaitement reconnaissables.
- Kevin ! m’écriai-je en tombant à genoux près de lui. Qu’est-il arrivé ? Est-il mort ?
- Non, Tante Amelia, répondit David. Je ne crois pas.
Je le vérifiai aussitôt en prenant le pouls de l’homme inconscient. Une plaie béante suintait à l’arrière de son crâne, là où il avait probablement été assommé. Il avait dû avoir les mains attachées mais quelqu’un – David probablement – avait tranché ses liens. L’homme était inconscient, sa peau était moite et son pouls lent.
- Il faut le ramener chez nous, Emerson, dis-je d’un ton ferme. Il a besoin de soins immédiats.
- D’où vient-il ? s’exclama Emerson après avoir envoyé David prévenir Ramsès et Nefret. Comment diable est-il arrivé ici ?
Je ne pouvais répondre à cette question. Lorsque David revint, Emerson l’interrogea fébrilement. D’une voix blanche, le garçon nous expliqua avoir fait une première ronde avec Feisal, selon l’ordre reçu, et s’être aperçu en entrant dans le bureau de Mr Wellington qu’un pied dépassait de la table, non loin de la fenêtre.
- Le corps aurait-il été déposé là exprès pour que nous le trouvions ? remarquai-je. C’est extrêmement curieux.
- Pourquoi dans ce cas ne pas l’avoir simplement laissé là ? demanda Emerson avec un grand geste.
Nous étions revenus dans l’entrée du musée où nous attendions un fiacre que Ramsès et Selim étaient partis chercher. Il était évident (à mes yeux) que nos forces allaient devoir se séparer. Je ne pouvais bien entendu pas accuser Emerson d’avoir assommé Kevin pour m’obliger à retourner au logis – d’autant plus qu’il était toujours demeuré avec moi – mais il ne faisait aucun doute que la tâche de le soigner me revenait, donc que je devais rentre à Dar el Sajara et que Nefret m’accompagnerait. Marchant de long en large, Emerson s’agitait en se triturant le menton du doigt. Je savais qu’il était partagé entre son envie de demeurer au musée pour y attendre nos ennemis et celle de nous raccompagner afin de nous mettre en sécurité. Il fut finalement décidé que David et Selim rentreraient avec nous, tandis que Feisal et Ramsès resteraient avec Emerson. Je vis le fils aîné d’Abdullah se rengorger devant cette marque de confiance.
- Pensez-vous qu’il va encore se passer quelque chose cette nuit ? demandai-je à Emerson.
- Je l’espère, fut la franche réponse. Ils ont mis beaucoup d’énergie pour nous faire quitter les lieux, n’est-ce pas ? Ils n’avaient sans doute pas prévu que nous viendrions si nombreux. Dès que le fiacre arrivera, vous emmènerez O’Connell, Peabody et j’espère que vous aurez le bon sens de…
- Où est mon ombrelle ? m’écriai-je soudain en cherchant autour de moi. Je l’avais dans la salle de Sobek mais elle a dû tomber quand vous m’avez bousculée, Emerson.
- Moi je vous ai bousculée ? s’exclama mon époux d’une voix incrédule. C'est vous qui fonciez comme un troupeau d’hippopotames, Peabody ma chérie. Je n’arrive pas à comprendre qu’une si petite personne ait produit un tel choc. Feisal, allez chercher l’ombrelle de la Sitt Hakim, ordonna-t-il.
L’homme s’éloigna, un peu à contrecœur, mais sans oser protester. Je le suivis des yeux, le front plissé. Un moment s’écoula en silence. Je m’apprêtais à signaler à Emerson qu’il aurait dû accompagner Feisal quand un hurlement strident s’éleva.
- Cela ne devient-il pas un peu répétitif ? s’exclama mon époux d’une voix tonnante. Que se passe-t-il encore ?
- Sobek doit avoir retrouvé ses draperies pourpres, proposai-je. Nos mystérieux ennemis semblent apprécier une certaine théâtralité dans leurs interventions.
- Restez ici avec Nefret, ordonna mon époux. Et surveillez bien celui-là.
Le malheureux Kevin ne donnait pas signe de vie, mais je sortis mon pistolet et me tins aux aguets. Je vis que Nefret avait en main une longue lame aux reflets bleus où je reconnus le solide couteau en acier de Sheffield qu’elle avait acheté au souk quelques temps auparavant.
- On n’est jamais trop prudent, dis-je avec un regard complice. Vous aviez raison, ma chérie.
Quelques minutes s’écoulèrent. Je regardai nerveusement autour de moi, afin de décider de ce qu’il convenait de faire en cas d’attaque. La lumière de nos torches n’éclairait que les abords immédiats, mais de nombreuses zones d’ombre permettraient à un ennemi de s’approcher de nous sans se faire remarquer. Le couloir qui menait au bureau de Mr Wellington était complètement obscur. Si le corps de Kevin avait été déposé là, n’était-il pas envisageable qu’une autre issue secrète y aboutisse ? Je décidai de demeurer le dos contre le mur afin de protéger mes arrières et voir ce qui arriverait. Nefret avait agi de même. Perdue dans ses pensées, elle ne me prêtait aucune attention.
Il était possible que mon hypothèse d’une embuscade soit erronée. Notre arrivée n’avait pas été discrète mais nos ennemis ne pouvaient pas savoir où nous étions maintenant postés. Pourquoi Emerson ne revenait-il pas ? Mon imagination me le montrait gisant aux pieds du dieu crocodile, son sang s’écoulant en flaques sombres. A mon avis, cette possibilité, était assez peu crédible, et j’étais sûre qu’Emerson se serait défendu à grand bruit. Etait-ce Feisal qui avait crié ? Il semblait bien émotif. Difficile de croire qu’il était le fils d’Abdullah, toujours si courageux et si digne. J’avais beau réfléchir, je n’arrivais pas à imaginer un motif qui pouvait expliquer les événements de ce soir. Cependant, une nouvelle et stimulante idée m’était venue à l’esprit après l’étonnante découverte du corps inerte du malheureux Irlandais. Notre adversaire ne pouvait-il l’avoir agressé l’autre nuit, après la crise d’Abdullah, lorsqu’Emerson – inquiet de la santé de notre vieil ami – avait laissé le journaliste seul devant le musée ? Si Kevin avait été gardé prisonnier durant tout ce temps, il pourrait nous communiquer des renseignements utiles sur nos ennemis – du moins dès qu’il reprendrait connaissance. Cela ouvrait de multiples possibilités. Même si ces spéculations ne me menaient nulle part, au moins elles faisaient passer le temps.
Je ne pouvais rien entendre, à part la respiration lente de Nefret. Je ne m’étais pas préparée à une si longue attente. Le bruit qui me tira de mon état de veille fut un claquement de sabots au dehors. Ce n’était pas inattendu mais ma tension était telle que j’en perdis presque l’équilibre. Impétueusement, je me précipitai pour ouvrir la porte. Comme je brandissais toujours mon petit pistolet, je dus lâcher ma torche pour manipuler les verrous. En ouvrant, j’entendis nettement le hoquet de Ramsès lorsque je pointai mon arme vers lui.
- Mère, c’est moi. Ne tirez pas. Je peux entrer ? demanda-t-il.
Ma gorge était un peu sèche, mais je réussis à croasser une réponse :
- Pensiez-vous que j’allais tirer sur vous à l’aveuglette ?
- Je vous connais, Mère, dit Ramsès d’une voix moins calme que de coutume. Que se passe-t-il ? Où est Père ?
Réalisant que j’étais désormais libre de mes actes, je m’apprêtai à courir vers la salle de Sobek lorsqu’Emerson revint. Il portait dans ses bras un corps vêtu de pourpre – et à la rigidité suspecte.
- Il est mort, dit-il en le déposant sur un coffre. Et voyez-ceci.
Je ne pus réprimer un hoquet de surprise et j’entendis derrière moi d’autres signes d’une violente émotion. Nous avions tous reconnu le défunt mais également ce que Feisal portait : les sceptres méroïtiques qui nous avaient été dérobés, ceux que Nefret avait jadis rapporté de l’Oasis Perdue où elle avait été élevée.
11:22 Publié dans LA NUIT ROUGE DE SOBEK | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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