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06.05.2008

chapitre 7 - e

Nous prîmes de café au salon où la conversation se poursuivit.
- Emerson, dis-je, je veux absolument savoir où est passé Kevin O’Connell ? Ce silence anormal n’a que deux explications possibles. Soit il lui est arrivé quelque chose…
- Soit il découvert une nouvelle piste, s’exclama Emerson d’un ton furieux. Crénom ! Vous avez raison, Peabody ! Ce sinistre irresponsable s’est lancé seul à la recherche de nos criminels.
- Il risque de s’attirer de sérieux ennuis, remarqua Nefret.
- Et mes sceptres ! rugit Emerson. Nous n’avons encore aucune piste permettant de les retrouver !
- Le vol a été découvert lorsqu’une caisse est malencontreusement tombée, dit Ramsès les sourcils haut levés. Je suis étonné, Mère, que vous n’ayez pas insisté pour savoir ce qu’il y avait dans celles qui se sont effondrées sur Nabil.
- Quelle idée ! m’étonnai-je. Mais enfin, Ramsès, cela n’a rien à voir. Soit il s’agit d’un accident et le garçon a bousculé une pile en passant – vous avez pu constater combien l’équilibre de ces empilements est instable et je m’étonne qu’il n’y ait pas davantage de chutes, soit… – hum… Que voulais-je dire ?
- Je n’en ai pas la moindre idée, ma chère, grogna Emerson.
- Soit ce n’est pas un accident, conclus-je avec un regard sévère.
- Bravo ! ricana Emerson. Voilà qui nous avance grandement.
- Si ce n’est pas un accident, Mère, dit Ramsès qui arborait un visage grave, pourquoi aurait-on cherché à blesser Nabil ?
- Ni lui ni son père ne semblent suivre les lois de l’Islam, indiqua David d’une voix douce. Ils travaillaient un vendredi.
- Ils ne semblent pas non plus touchés par la superstition, ajouta Ramsès, car ils sont les seuls à ne pas craindre de continuer à travailler malgré ‘la malédiction de Sobek’. Donc pour les forcer à quitter les lieux, il fallait bien agir plus directement.
- Bon Dieu ! s’écria Emerson. Est-ce que Hamad compte revenir travailler cette nuit ? Je n’ai pas eu le temps de le lui demander, il est parti si brusquement. (Il se leva.) Je vais passer la nuit au musée.
- Certainement pas seul ! m’exclamai-je en me levant également.
- Je viens aussi ! réclama Nefret.
- Il n’en est pas question ! affirma Ramsès d’une voix forte. Père, dites-lui…
- Un peu de calme, réclama Emerson d’une voix si douce que nous nous figeâmes tous. Nefret, vous restez ici. Peabody, vous aussi. Non, ma chère, n’insistez pas. Je ne peux pas passer mon temps à vous protéger des caisses qui tombent. Il est d’ailleurs probable qu’il ne se passera rien mais je veux le vérifier. Je vais emmener David et Ramsès. Nous passerons prévenir Daoud que vous restez seules dans la maison.
- Selim et Feisal sont avec mon grand-père ce soir, indiqua David.
- Très bien, grommela Emerson en se dirigeant vers la porte. Je vais dire à Selim de nous accompagner.
- Père, intervint Ramsès. Pourquoi pas Feisal ? J’ai parlé avec Abdullah cet après-midi. Il pense que son fils aîné souffre de la priorité qui est souvent donnée à son cadet.
- Foutaises, grogna Emerson en s’immobilisant. Humph – bien, pourquoi pas ? Allez chercher Feisal, David, et essayez d’éviter qu’Abdullah ne fasse un caprice pour venir aussi.
- Emerson, dis-je d’une voix très ferme. Si vous quittez cette maison sans moi, je rejoindrai le musée par mes propres moyens.
- Il n’en est pas question ! hurla mon tendre époux.


* * *

Manuscrit H

Ramsès était mécontent mais résigné quand ils arrivèrent au musée – tous les sept. Bien entendu, après une scène mémorable, sa mère avait obtenu gain de cause et Nefret faisait partie du voyage – Feisal et Selim également. Le pauvre Daoud, fort marri, gardait une maison vide tout en veillant sur son oncle Abdullah, qu’une tisane légèrement assaisonnée au laudanum avait endormi pour la nuit.
Les fiacres s’arrêtèrent devant la grande bâtisse sombre, déposèrent leurs passagers et s’éloignèrent rapidement. La lourde clef grinça dans la serrure, puis Emerson entra le premier et poussa un beuglement sonore. Aucune voix ne répondit. Le vieux gardien Hamad al Mekkawi avait déserté son poste.
Emerson voulut mettre Feisal de garde dans l’entrée mais, devant le regard affolé de son vis-à-vis, il jugea préférable de laisser David avec lui. Il ordonna aux deux hommes de faire des rondes régulières.
La mère de Ramsès marchait avec un bruit métallique. Elle portait son habituel ensemble de travail, larges pantalons à la turque et veste de tweed (dont toutes les poches étaient gonflées) et son ineffable ceinture à accessoires qui tintinnabulaient en rythme tandis que les objets les plus hétéroclites s’entrechoquaient. Ramsès remarqua en particulier un pistolet et un couteau, un rouleau de corde, une petite flasque (probablement remplie de brandy), une boîte contenant des bougies et des allumettes, une petite trousse de premiers secours, mais aussi une brosse et une ombrelle à bout pointu. Emerson, qui détestait voir son épouse ainsi harnachée lui jeta un regard noir mais se retint de tout commentaire. Nefret suivait, vêtue comme un garçon et Ramsès contempla avec amusement sa silhouette souple et longiligne, aux cheveux attachés hauts sur sa tête. Elle portait une torche à la main. Tous les autres aussi.
Dans la salle des entrepôts, Emerson fit rapidement le tour des caisses, donna quelques bourrades dans les piles, mais sans conviction. Il y laissa Selim et David, puis fit signe à Ramsès de le suivre jusqu’à la salle de Sobek. Les deux femmes leur emboitèrent le pas.
Le dieu crocodile trônait dans la pièce vide, aucune étoffe rouge n’était drapée sur ses épaules de pierre, aucune offrande sanglante ne gisait à ses pieds. Tout en agitant sa torche Emerson eut l’air déçu.
- Vous avez l’air déçu, Emerson, remarqua la mère de Ramsès. A quoi vous attendiez-vous ?
- Silence, Peabody, grogna-t-il en réponse. Vous êtes là contre mon gré, aussi ne troublez pas mon travail.
Son épouse émit un gloussement sardonique du plus curieux effet qui résonna sinistrement. Nefret jeta un regard derrière elle et frissonna.
- Il faut bien avouer que l’ambiance est prenante, chuchota-t-elle.
Un hurlement soudain les fit tous sursauter. Emerson s’élança, puis s’arrêta net. Bien entendu, ma mère de Ramsès qui le suivait de près le heurta de plein fouet. Il la rattrapa avant qu’elle ne tombe.
- Ramsès, ordonna-t-il. Restez ici.
- Oui, Père.
- Je reste avec lui, annonça Nefret.
Emerson hésita, puis acquiesça et s’éloigna suivit de son épouse.
- Pourquoi t’a-t-il demandé cela ? demanda Nefret.
- Père pense que qu’il existe dans cette pièce une issue secrète par laquelle entrent les voleurs, répondit Ramsès après un court moment de silence.
- Et alors ? insista la jeune fille.
- Je pense qu’il a raison, admit Ramsès. Et aussi qu’ils cherchent à nous éloigner de cette pièce.
- Mais pourquoi ?

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