13.04.2008

chapitre 4 - fin

***

- Le vieil Hamad est manifestement plutôt fouineur mais rien ne nous confirme ses dires après tout. Tout ceci ne nous avance guère, conclut Emerson d’un ton amer.
- Je ne suis pas d’accord avec vous, dis-je. C’est plutôt intéressant. Avez-vous ensuite interrogé le jeune Nabil ?
- Bien entendu ! fut la réponse offusquée. Je voulais savoir comment il avait pu apprendre qu’Hawkins se livrait à un quelconque trafic. Il prétend que des Egyptiens sont venus poser des questions à son sujet, vérifier s’il n’avait pas de famille, ou s’il n’avait rien laissé derrière lui. Ils ont parlé de marché conclu et non honoré mais sans en préciser la nature, aussi Nabil – à qui son père avait certainement parlé d’Hawkins – en a-t-il tiré ses propres conclusions.
- Comment est ce garçon ? demandai-je. Fiable ?
- Il ressemble beaucoup à son père, répondit Emerson. Mêmes traits aquilins mais aussi même droiture dans le regard. Comme Hamad, lui non plus ne semble pas craindre Sobek ou les afrits.
- C’est inhabituel, dis-je.
- Certes, mais je ne vois pas quel intérêt ils auraient à nous mentir, aboya Emerson qui sembla considérer ma remarque comme une critique.
- A moins que ce ne soient eux qui volent les antiquités, intervint Ramsès.
- Hamad nous a dit – lors de notre première rencontre – qu’il ne travaillait au musée que depuis deux ans, dis-je. Il y a repris l’emploi d’un vieux cousin décédé. Il aurait donc disposé de peu de temps pour monter un trafic de cette envergure.
- Sauf si le cousin s’en était déjà chargé, s’écria Emerson en plissant les yeux. Et comme Hamad le remplaçait parfois, il connaissait bien les lieux et n'aurait eu qu'à reprendre le flambeau. Une affaire familiale en quelque sorte.
- Je n’en crois rien ! s’exclama David qui ouvrait des yeux horrifiés. Ce vieil homme si noble n’a pas l’allure d’un voleur, ni par l’apparence, ni par le regard.
- Ce n’était qu’une hypothèse, mon cher garçon, dis-je en levant une main apaisante, mais je suis plutôt d’accord avec vous. J’aurais donc tendance à croire Hamad dans ses accusations contre Hawkins.
- Comment M. Maspero n’a-t-il eu aucun écho de la façon dont se comportaient ses subordonnés ? demanda Nefret en se resservant une tasse de thé.
Pour avoir une discussion privée, j’avais demandé à ce que le bienfaisant breuvage nous soit servi dans notre petit salon. Cyrus Vandergelt, pour lequel nous n’avions pas de secret, était également avec nous.
- Je présume qu’Hamad ne lui a rien dit, Nefret, répondit-il avec une certaine ironie. Comment un pauvre gardien de musée Egyptien aurait-il eu la moindre chance d’être cru en portant une telle accusation contre un assistant Britannique ?
- Vous avez raison, grommela Emerson. Je ne suis pas chauvin mais ces Français se montrent parfois d’une crédulité atterrante. Vous rappelez-vous la façon dont Amélineau n’avait engagé que des ivrognes et des escrocs à Abydos il y a trois ans ?
- Cela n’a strictement rien à voir, Emerson, dis-je.
- Où en sont les préparatifs de départ ? Mère, intervint Ramsès.
- Tout est prêt, dis-je avec une autosatisfaction bien pardonnable. Nos bagages ont déjà été emportés et nous pourrons quitter l’hôtel dès que nous le souhaiterons.
- Vous avez été très efficace, Tante Amelia, dit David.
- Comme de coutume, ajouta Nefret. Je suis désolée de vous avoir laissée seule cet après-midi, Tante Amelia.
- Humph, grogna Emerson un peu gêné. Ces préparatifs ont-ils vraiment pris tant de temps, Peabody ?
- Mais pas du tout, dis-je aimablement. Je me suis aussi rendue chez Aslimi où j’ai acquis quelques pièces intéressantes.
- Vous êtes sortie seule ? s’écria Emerson d’une voix si puissante que ce que crièrent David, Ramsès et Nefret resta inaudible.
- Ne vous agitez pas, mon cher Emerson, dis-je tranquillement. Vous voyez bien que je n’ai pas été agressée. D’ailleurs, je n'étais pas seule. Cyrus avait lui aussi quelques achats à faire. Il est venu avec moi.
Celui-ci commença à s’agiter sur son siège sous le regard furibond que lui jetait mon époux. J’eus alors le tort de préciser :
- Kevin O’Connell nous a également accompagnés.
Le rugissement poussé par Emerson dut s’entendre à travers tout l’étage.

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