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28.03.2008
chapitre 2 - fin
Je me réveillai à l’aube le matin suivant, et me sentis aussitôt pleine d’énergie, tout prête à aborder une journée de travail chargée. J’aurais beaucoup à faire, je le savais, et je décidai donc de commencer en rédigeant quelques petites listes pour mettre au clair mes idées. Comme le sait certainement tout lecteur fidèle (c'est à dire au fait des mes us et coutumes,) les petites listes sont ma spécialité et je saurais trop vanter leur utilité pour mettre au clair ses pensées.
Attablée au bureau du salon attenant à notre chambre, je rédigeai en priorité le compte-rendu de nos diverses discussions d’hier au soir. Tout d’abord ce que Carter nous avait appris – et à la relecture de mes notes, il me parut encore plus évident qu’il avait occulté l’importance des signes faisant référence à Sobek. Je ne comprenais pas que l’on puisse nier la répétition insistante du dieu crocodile dans les trois meurtres commis au musée !
Une fois ce premier rapport établi, je commençai une liste que j’intitulai « La nuit rouge ». Contrairement à l’opinion – à mon sens étriquée – d’Howard Carter, je trouvais plutôt amusante la vive imagination journalistique de Kevin O’Connell.
En fait, cette première liste reprit simplement ce que nous savions sur ces trois meurtres – c’est à dire peu de choses – mais j'ajoutai également les noms des divers intervenants et les questions auxquelles j’espérais trouver rapidement des réponses, en particulier en interrogeant mes premiers suspects.
Les morts – je biffai le dernier mot et le remplaçai par victimes :
1 – Karim el Fayed : Egyptien – a perdu ses doigts étant enfant (en fait, je ne voyais pas trop la portée de cette information), brave homme et employé sérieux,
Profession : gardien de nuit – connaissait bien le musée (y travaillait depuis des années).
Circonstances du crime : surpris par son assassin et attaqué par derrière avec un engin contondant – lequel ?
Lieu du crime : dans la première salle
Référence à Sobek : crocodile dessiné à la craie…
Motif du meurtre : présent au mauvais endroit au mauvais moment…
Questions : aurait-il ouvert la porte à un étranger ? Et pourquoi
2 – Jeremiah Hawkins, Britannique,
Profession : employé, travaillait de jour à l’emballage – connaissait bien le musée (y travaillait depuis des années).
Circonstances du crime : a été poignardé
Lieu du crime : devant le bureau de Wellington
Référence à Sobek : se trouvait devant une mosaïque de crocodile
Motif du meurtre : peut avoir surpris le voleur
Questions : Pourquoi était-il là ? Qui lui a ouvert (el Fayed ?)
3 – John Peters alias Giovanni Petri : Italien – (mais se prétendait peut-être Britannique, à vérifier, (Quelle importance au juste ?)
Profession : assistant de Wellington – connaissait bien le musée (y travaillait depuis des années).
Circonstances du crime : a été poignardé, avait les mains liées,
Lieu du crime : dans une salle éloignée (laquelle ?)
Référence à Sobek : était devant sa statue
Motif du meurtre : Vengeance ? Punition (à cause des liens…)?
Questions : Pourquoi était-il là ? Que signifient les étoffes rouges dont Sobek était drapé ?
Je ne savais plus qui, dans le train, avait évoqué la probabilité qu’il y ait plusieurs assassins – proposition si invraisemblable que je l’avais immédiatement rejetée – mais il était incontestable que, à relire ma liste, le profil des trois victimes n’était pas très cohérent. Ni la nationalité, ni la fonction, ni le lieu, ni même l’arme du crime n’étaient les mêmes. Pourquoi donc trois étrangers qui ne devaient avoir que des rapports strictement liés à leur travail s’étaient-ils retrouvés la même nuit immolés devant un signe de Sobek ? Quel était le lien qui reliait ces morts entre elles ? De plus, pourquoi l’assassin avait-il changé d’arme, et même dans le cas du poignard utilisé deux fois, pourquoi l’une des victimes avait-elle été préalablement attachée ? Je n’en avais aucune idée ! Aussi, j’abandonnai là mes réflexions pour continuer ma liste :
Les suspects du musée :
1 – Charles Wellington : Britannique,
Profession : conservateur du Boulaq, Connu de Ms. de Morgan et Maspero depuis des années.
2 – James Thatcher : Britannique,
Profession : assistant de Wellington,
3 – Oliver Newton-Jones : Britannique,
Profession : assistant de Wellington.
Je ne pouvais absolument rien écrire de plus avant d’avoir rencontré ces trois gentlemen, ce à quoi je comptais bien m’employer dès ce matin. Aussi, j’interrompis ma liste pour prendre une nouvelle feuille de papier dans le but de mettre au clair le compte-rendu détaillé de notre réunion familiale de la veille au soir. Avant de commencer, je tendis l’oreille en direction de la chambre. Aucun bruit. Emerson devait encore dormir. Il était encore très tôt.
Le safragi frappa alors doucement à la porte pour apporter une tasse de thé. Ragaillardie par le vivifiant breuvage, je continuai ma tâche.
En relisant mes notes quelques instants après, je souriais. J’étais plutôt satisfaite que David et Nefret aient adhéré aussi rapidement à l’idée d’une société secrète – qu’elle soit nommée culte, secte ou association criminelle, à mes yeux le principe en était le même. Il s’agissait de choisir un symbole effrayant susceptible de marquer les esprits – et qui mieux que le terrifiant crocodile sacré Sobek était capable d’inspirer une sainte terreur aux crédules et aux superstitieux ? A mon avis, la crainte incitait plus facilement les gens à se soumettre que les armes, et c’était particulièrement vrai en Egypte.
Si ce premier point me paraissait évident, le but poursuivi par cette mascarade était encore flou. Je ne rejetais pas l’avis émis par Emerson comme quoi divers vols auraient pu être perpétrés au musée depuis plusieurs années, il avait une sorte d’instinct pour ce genre de choses. C’était d’ailleurs la raison pour laquelle il était tellement haï par tous les pilleurs et autres voleurs qui pullulaient en Egypte.
Evidement, songeai-je en tournant machinalement mon crayon, dans ce cas-là, le déménagement prévu dans les mois à venir ne devait en rien arranger les affaires du voleur. Son petit trafic bien organisé ne pouvait qu’éclater au grand jour si tout le contenu du musée était répertorié. Ce point me parut important et le je notai derechef.
Je continuai à tenter de cerner – par raisonnement psychologique – les motifs de la récente agitation du voleur. Il devait y avoir quelque chose de particulier qui l’impliquait dans certains des objets disparus, aussi il avait du chercher à se rendre au musée de nuit pour faire disparaître des preuves compromettantes. Mais lesquelles ? Je n’étais là que dans le domaine des suppositions et Emerson aurait beau jeu de prétendre que je me laissais mener par mon imagination.
De plus, il avait raison sur un autre point : comment enquêter sur des vols dont nous ignorions tout ? Il n’était pas du tout certain qu’enquêter sur les meurtres nous amènent si facilement à l’assassin et Emerson n’accepterait jamais de rester trop longtemps éloigné de Louxor.
Cette constatation m’amena à un nouveau problème à résoudre. J’avais assuré la veille que je trouverais la solution concernant notre installation mais je n’avais encore aucune idée de ce qu’elle pourrait être. Il me fallait pourtant avoir une idée rapidement si je voulais éviter l’hospitalité du scheik Mohammed, un charmant vieux Bédouin que j’appréciais beaucoup mais dont le mode de vie était très éloigné du mien, et de celui dans lequel je voulais éduquer mes enfants.
Hélas, cette idée de l’éducation m’amena encore à évoquer un autre problème en suspens. J’avais eu l’intention de convoquer Mr Flint-Flechey dès notre arrivée à Louxor. Celle-ci n’étant plus d’actualité, il faudrait probablement que je demande au jeune précepteur de nous rejoindre au Caire – mais encore fallait-il que je sache où et comment le loger. Et je devrai veiller à ce que les enfants suivent régulièrement leurs cours, sans (trop) se laisser distraire par une enquête où ils n’avaient que faire.
Je soupirai. J’avais beau être pleine d’énergie à mon réveil, il me semblait que j’en aurais épuisé une grande partie avant la fin de la journée.
- Peabody ! rugit Emerson dans la pièce jointe. Où diable êtes-vous passée ?
15:28 Publié dans LA NUIT ROUGE DE SOBEK | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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